Route des Grandes Alpes: de Thonon à Nice avec Guillaume Bourgeois en mode FKT

Dimanche 7 et lundi 8 septembre 2025, Guillaume Bourgeois a parcouru l’itinéraire complet de la Route des Grandes Alpes à vélo, en mode bikepacking et en autonomie complète. Parti à 6h du matin de Thonon-les-Bains, il est arrivé à Nice 37 heures et 51 minutes plus tard, en signant un nouveau Fastest Known Time (FKT) sur l’itinéraire classique dans la catégorie sans assistance. 

La Route des Grandes Alpes Thonon-Nice, longue de 758km, relie le lac Léman à la Méditerranée en passant par des cols alpins mythiques comme le Col de l’Iseran, le Col du Galibier, le Col d’Izoard et la Cime de la Bonette.

Découvre l’aventure de Guillaume dans cette interview, dont une version est également parue sur le site de la Route des Grandes Alpes. De quoi te donner peut-être quelques idées de projets cyclistes cet été… à ton allure!

Guillaume, depuis quelques années, tu te consacres principalement aux épreuves ultra et au bikepacking pour le plaisir de vivre des aventures autant que de relever un défi sportif. Pourquoi avoir choisi la Route des Grandes Alpes ?

J’avais cette traversée en tête depuis un moment. L’itinéraire est incroyable ! Départ du lac Léman jusqu’à la Méditerranée, à travers des massifs magnifiques, des cols mythiques… Le concept me plaisait : partir « de chez moi », aller jusqu’à la mer, traverser les Alpes. Je connaissais quasiment tout l’itinéraire pour l’avoir parcouru par tronçon, à l’exception du col de la Couillole.

Quel itinéraire as-tu choisi ?

J’ai opté pour l’itinéraire « classique » de la traversée. Il est à la fois mythique et direct, comme une voie en alpinisme. Je partais en autonomie complète, en mode bikepacking, sans même une voiture suiveuse pour les photos et cela m’a aidé à rester concentré dans les moments plus difficiles.

Comment s’est déroulé le départ ?

Je me suis décidé relativement tard, en fonction de la météo, car je voulais profiter de bonnes conditions. La veille de mon départ, j’ai rejoint Thonon-les-Bains à vélo depuis chez moi. J’y ai passé la nuit, avant de prendre le départ dimanche 7 septembre à 6 h00 du matin. Le dimanche soir, j’ai fait une pause d’environ 5 heures à Valloire, puis je suis reparti en direction de Nice où je suis arrivé lundi soir vers 19h30. Le mardi matin, j’ai pris le train pour rentrer à Genève.

Comment t’es-tu préparé ?

Ma préparation s’inscrivait dans ce que je fais depuis plusieurs années : beaucoup de kilomètres, de longues distances… Cet été, j’avais déjà participé à une course de bikepacking : la Swiss Bike Adventure, environ 1 300 km et 23 000 m de dénivelé, en autonomie complète. Cela m’a permis d’arriver physiquement prêt pour la Route des Grandes Alpes, un mois plus tard environ. Je me suis appuyé sur mon expérience et ma bonne condition physique. Comme je l’ai dit, le choix final de la date s’est fait à la dernière minute après évaluation météo.

Parle-nous de ton équipement

J’étais sur un Specialized Tarmac SL8, avec des roues Hyperon et un groupe Shimano. J’avais volontairement allégé l’équipement, car je n’avais pas d’assistance logistique. Juste une petite sacoche sous la selle. En général, pour des périples plus longs, j’utilise un porte bagage rigide mais, pour ce projet, j’avais choisi de transporter peu d’affaires. Comme vêtements, j’avais un cuissard, un maillot, des jambières et manchettes, un bon imperméable, des gants et un bonnet pour la nuit. Je savais que le moment le plus rude serait l’ascension du col du Col du Galibier, aux heures les plus froides de la nuit. Comme « ordinateur de bord », j’avais un Garmin Edge 840.

Le vélo chargé pesait combien ?

Le vélo fait environ 6,2-6,3 kg à vide. J’ai transporté environ 3 kg supplémentaires d’équipement et ravitaillement plus deux bidons de 750 ml. Donc un peu plus de 10kg tout compris.

Quelle stratégie pour la nuit ?

Ma stratégie était de d’éviter autant que possible de rouler la nuit. Je suis donc parti à 6h de Thonon les Bains pour arriver à Valloire avant 21h la première journée. J’avais réservé un hôtel pour manger et dormir quelques heures avant de repartir vers 3h00 du matin pour profiter au maximum du jour qui s’est levé dans le col d’Izoard. Le seul vrai tronçon 100% nuit a été la montée du Galibier et la descente jusqu’à Briançon par le Lautaret. Je suis arrivé à Nice à la tombée du jour. Je n’aime pas trop rouler la nuit, donc j’ai minimisé la partie nocturne et maximisé la récupération.

Guillaume sur un autre défi: l'Ultra 555 du Tour des Stations

Des problèmes de matériel ?

Aucune crevaison, aucun problème mécanique majeur. Juste un petit incident : la fixation de ma lampe avant s’est détachée dans la montée du Galibier. Heureusement, j’avais un rouleau de scotch !

Les conditions météo ?

J’ai eu beaucoup de chance avec la météo ! Au départ, j’ai eu un peu froid entre le col du Feu et Morzine, un moment réellement inconfortable. Ensuite le soleil était au rendez vous toute la première journée. Au Galibier, j’avais anticipé le froid mais la route était sèche, ce qui a grandement facilité la montée et la descente vers Briançon. Le deuxième jour, jusqu’à Vars, c’était nuageux puis ensuite le ciel s’est dégagé et à l’arrivée sur la côte d’Azur il faisait très beau.

Quel petit-déjeuner avant de partir ?

À base de poudre spéciale pour l’effort, mélangée à du lait de soja. Ça donne une sorte de purée calorique facilement digeste. J’y ai ajouté un pudding protéiné. J’ai l’habitude de ce type de petit déjeuner avant ce genre d’effort.

Ensuite, comment as-tu géré ton alimentation et ton hydratation ?

Je vise environ 100 g de glucides par heure sur ce type d’effort. Dès le départ, j’avais prévu de la boisson énergétique Winforce dans deux bidons et emmené deux sachets supplémentaires. J’ai consommé ensuite des gels Maurten, 45 g de glucides par gel, deux gels par heure. J’en avais une dizaine en réserve, ainsi que des barres sucrées et salées pour varier le goût.

Pour compléter, tu t’es ravitaillé en route ?

Pour les ravitaillements, j’avais repéré à l’avance les stations service ou supérettes ouvertes sur l’itinéraire. J’ai acheté du solide « rapide » : une baguette avec du jambon ou poulet tranché pour faire des sandwiches. J’ai trouvé des bananes à la fin. Au bout d’un moment, l’organisme souffre et c’est important de manger uniquement ce dont on a envie. J’ai également pris du Coca Cola ou des boissons « sportives » quand c’était possible.

Tu as bu du café ?

Non, j’évite lors de ce type d’effort long, surtout pour des raisons digestives. Le café peut avoir un impact un peu irritant sur l’estomac, surtout quand il est déjà bien sollicité par l’effort, les gels et les boissons énergétiques.

Combien de calories as-tu brûlées ?

Je pense que j’ai dépensé environ 15 000 kcal sur l’ensemble, peut-être plus… Je ne suis pas sûr du chiffre exact. Le corps accepte un petit déficit sur 24-36 heures.

Quelle était ta vitesse moyenne sur l’ensemble de l’itinéraire ?

J’avais calculé à l’avance une vitesse cible pour pouvoir atteindre Nice en deux jours, avec un arrêt prévu à Valloire pour dormir environ 4 à 5 heures. En tenant compte du temps de roulage pur, des arrêts ravitaillement et de la pause à Valloire, je visais une moyenne globale de 26 km/h. Sur la première partie, jusqu’à Valloire, j’étais un peu au-dessus du plan : environ 28 à 28,5 km/h de moyenne roulée, ce qui m’a permis de prendre un petit peu d’avance. Sur la deuxième journée, entre Valloire et Nice, cette avance m’a permis de bien gérer mes efforts et mes temps de repos. Ma moyenne a donc été un peu plus basse, autour de 24 à 25 km/h. Finalement, j’ai réussi à maintenir une moyenne générale conforme à mon plan initial, ce qui m’a permis d’arriver à Nice juste avant la nuit, comme prévu.

Route des Grandes Alpes Iseran
Le redoutable et magnifique Col de l'Iseran

Quels ont été les meilleurs ou les plus beaux moments ?

La montée de Joux Plane, tôt le matin, avec la vue sur le Mont Blanc. La partie de l’Iseran en haute montagne, sous une très belle lumière de fin de journée. L’arrivée au bord de la Méditerranée, avec la sensation de l’objectif atteint…

Et les plus durs ?

Juste après la montée du col du Feu jusqu’à Morzine, à cause du froid et de l’humidité. La partie monotone de l’Iseran jusqu’à Val d’Isère, où mentalement j’ai eu un coup de fatigue. La descente vers Briançon en pleine nuit avec des travaux sur la route. Le col de Turini, avec tous ces lacets a été long et un peu usant, quand la fatigue se faisait sentir. Mais je ne me suis jamais posé la question de l’abandon. Tout fonctionnait bien et je voulais terminer dans le timing que je m’étais fixé.

Tu as un peu fantasmé sur le col de Castillon ?

Oui, je l’ai abordé avec un peu d’appréhension. Après le col de Turini, qui m’avait bien entamé mentalement, je ne le connaissais pas et ne savais pas trop à quoi m’attendre. Sur le moment, dans l’état de fatigue où je me trouvais, tout semble plus long que ça ne l’est réellement. En fait c’est un petit col très roulant à environ 700 m d’altitude, juste après Sospel. Une fois que l’on a basculé au sommet, la vue sur la mer m’a vite redonné un gros coup de boost pour terminer.

Qu’as-tu fait après l’arrivée ?

À l’arrivée à Nice, j’ai mangé un bon souper ! Puis après une nuit à l’hôtel, le lendemain matin, j’ai pris le train pour rentrer. Mentalement, j’ai mis un ou deux jours pour sortir complètement de ma bulle d’aventure, où se bousculaient pleins d’images et de souvenirs. Physiquement, j’ai récupéré assez vite : aucun bobo, problème articulaire ou musculaire. Je n’ai évidemment pas roulé « à bloc » la semaine suivante. Il m’a fallu environ 7 à 10 jours pour me remettre à rouler plus fort.

Si c’était à refaire ?

Je ne changerais pas grand chose : tout s’est déroulé comme je l’avais un peu planifié. L’expérience était très bonne. Ce que je ferais différemment : peut-être repartir avec d’autres personnes, ou sur une variante. Le concept « du Léman à la Méditerranée » me plaît et j’aimerais découvrir d’autres routes !

Tu veux réaliser toi-même cet itinéraire? Sur le site officiel de la Route des Grandes Alpes, tu trouveras toutes les informations pour planifier ton propre périple: l’itinéraire classique Thonon-Nice sur 720km et ses variantes route et gravel, une liste d’hébergements, des conseils pratiques et plein d’autres infos utiles.

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Guillaume Bourgeois – Vélo Perfection

Guillaume Bourgeois est le fondateur de Vélo Perfection, une entreprise spécialisée dans l’optimisation de la performance basée à Aubonne et Genève. Depuis près de 15 ans, il accompagne des cyclistes romands, amateurs et professionnels, à travers des études posturales précises, des plans d’entraînement individualisés et un suivi personnalisé.

Coach cycliste expérimenté, il travaille avec des athlètes qui poursuivent un objectif compétitif ou un défi personnel. Ces dernières années, l’évolution de sa propre pratique lui a permis de développer une expertise spécifique dans la préparation des défis d’ultra-cycling, qu’il intègre aujourd’hui dans son accompagnement. Voir tous ses articles.