Alors que la fin de saison approche, cycliste.ch partage les plus belles aventures vécues par la communauté cycliste romande au cours des derniers mois. Dans cet article, Nathalie nous parle du Gravel Trans Jura.
Il existe des événements qui se résument à une ligne dans un calendrier. Et puis il y a ceux qui ressemblent davantage à un voyage. La Gravel Trans Jura fait clairement partie de la seconde catégorie.
Début juin, Fabien et moi avons pris le départ de cette aventure organisée par Ridegravel.ch, déjà connu pour son événement gravel à Berne. Le concept est simple : relier Baden à Nyon en suivant une trace soigneusement dessinée à travers les montagnes du Jura. Pas de classement, pas de chronomètre, pas d’assistance. Juste un itinéraire, un tracker pour la sécurité, quelques checkpoints à valider et un maximum de six jours pour rejoindre l’arrivée.
Comme beaucoup de participants, nous avions cependant une contrainte : le travail nous attendait le lundi. Nous avons donc choisi de condenser l’aventure en trois jours. Une manière plus sportive de l’aborder, mais qui n’a en rien diminué le plaisir du voyage.
Une aventure qui commence avant même le départ
Ce qui frappe immédiatement avec la Gravel Trans Jura, c’est l’ambiance.
La veille du départ, tous les participants se retrouvent à Baden pour partager un repas. Pas une traditionnelle pasta party (aux pâtes trop cuites 😉 ), mais un vrai moment de convivialité où l’on échange déjà des conseils, des anecdotes et des sourires. L’organisation donne le ton : ici, l’humain passe avant tout.
Le briefing est à l’image de l’événement. Suffisamment complet pour rappeler les règles essentielles et les consignes de sécurité, mais sans excès. Pas besoin de noyer les participants sous une avalanche d’informations. On sent que l’objectif est avant tout de donner envie de partir à l’aventure.
Le lendemain matin, les vélos s’élancent sous un ciel plus menaçant que prévu. La météo annonçait une première journée correcte. Le Jura en avait décidé autrement. On nous a prévenu que c’était l’héritage de la GTJ d’avoir un quota minimum de gadoue 😉

Jour 1 : sous la pluie jusqu’à Bellelay
Les premiers kilomètres nous plongent rapidement dans l’univers de la Gravel Trans Jura.
Le terrain alterne petites routes oubliées, chemins forestiers, pistes agricoles et magnifiques portions de gravel. Très vite, une évidence s’impose : cette trace n’a pas été dessinée derrière un écran. Elle a été pensée, reconnue, roulée et affinée sur le terrain.
Chaque détour semble avoir une raison d’être.
On passe devant une fontaine au moment où les bidons commencent à se vider. On traverse un village avec un Volg juste avant l’heure du repas. On découvre un point de vue spectaculaire au sommet d’une montée qui semblait interminable quelques minutes auparavant.
Rien n’est laissé au hasard.
Les checkpoints, à scanner pour valider son passage, sont eux aussi placés dans des lieux qui méritent réellement le détour. Ils deviennent autant de prétextes à s’arrêter quelques minutes pour admirer le paysage ou simplement savourer l’instant.
Malgré une météo humide et parfois capricieuse, cette première étape nous emmène jusqu’à Bellelay après environ 140 kilomètres et plus de 4 200 mètres de dénivelé positif.
La montée vers la tour de Moron restera probablement le passage le plus exigeant de la journée. Une ascension rude, des ramprs droites et interminables avec des passages à plus de 20%, qui arrive alors que les jambes commencent déjà à être bien entamées en fin d’étape . Mais une fois au sommet, la récompense est à la hauteur des efforts.
La journée se termine à Bellelay dans la capitale de la Tête de Moine, où nous célébrons l’étape autour d’un excellent cordon bleu XXL au fromage local. Difficile de trouver meilleur carburant pour la suite.
Un rythme différent
L’une des particularités de la Gravel Trans Jura est l’interdiction de rouler de nuit. Entre 21h30 et 6h30, les vélos restent à l’arrêt.
À première vue, cela peut sembler contraignant. En réalité, c’est l’une des meilleures idées de l’événement.
Cette règle impose un rythme plus humain. On profite davantage des soirées, des repas et des rencontres. On dort correctement. On prend le temps de découvrir les régions qu’on parcourt au lieu de simplement les traverser.
L’aventure devient un voyage plutôt qu’une performance. Et c’est pour moi l’essence même du gravel, ce qui m’a fait tant l’apprécier quand je m’y suis mise il y a 9 ans.

Jour 2 : le Jura dans toute sa splendeur
Le deuxième jour nous offre exactement ce que nous étions venus chercher.
Le soleil remplace enfin la pluie. Les températures restent fraîches, mais parfaites pour rouler.
Nous traversons les paysages emblématiques du canton de Neuchâtel, enchaînons les panoramas sur les lacs et les Alpes, découvrons une manière inédite d’approcher puis de quitter Chasseral.
Tout au long de la journée, le Jura dévoile ses multiples visages.
Des forêts profondes succèdent aux pâturages ouverts. Les crêtes offrent des vues saisissantes sur le lac de Neuchâtel, le Léman, les Alpes bernoises, le Mont-Blanc et même l’entrée du Valais.
Cette diversité est sans doute l’une des plus grandes forces de la Gravel Trans Jura.
Le soir, nous rejoignons Sainte-Croix après 142 kilomètres et près de 4 000 mètres de dénivelé positif.
Là encore, l’organisation facilite la vie des participants. Grâce à l’application, il est facile de trouver des hébergements, des restaurants ou des points de ravitaillement. Un véritable guide de voyage accompagne la trace.
Une douche chaude, un bon repas, avec supplément pasta 😉 quelques échanges avec d’autres participants rencontrés au fil de la journée, et il est déjà temps de penser à la dernière étape (déjà !).

Jour 3 : des pâturages à perte de vue jusqu’au Léman
Sur le papier, cette ultime journée paraît plus facile, le profil étant descendant… elle n’était plus facile que sur le papier !
Comme souvent dans le Jura, les profils sont trompeurs.
Depuis Sainte-Croix, nous rejoignons le Suchet avant de redescendre vers Vallorbe. Après un passage par Romainmôtier et son checkpoint, nous remontons en direction de la Vallée de Joux.
Puis vient cette longue (très longue) traversée jusqu’au col du Marchairuz.
Ici, le Jura montre son visage le plus authentique. Les kilomètres défilent au milieu des pâturages, des murs en pierres sèches et des fermes isolées – de vaches éparpillées, bien sûr ! Il faut ouvrir et refermer d’innombrables barrières à vaches, éviter autant de bouses et accepter que la progression soit parfois lente.
Mais c’est précisément ce qui fait le charme de cette portion.
On se retrouve seul au monde, entouré uniquement du bruit du vent et des cloches des troupeaux.
C’est un gravel contemplatif 😉
Après le Marchairuz, la descente vers le bassin lémanique marque progressivement le retour à la civilisation. Mais avant de rejoindre Nyon, une dernière ascension nous attend.
La Barillette – une montée qui se mérite en gravel, surtout après déjà plusieurs centaines de kilomètres dans les jambes et une dernière portion bien cassante. Heureusement, le sommet offre une récompense exceptionnelle : une vue spectaculaire sur le Léman, Genève et les Alpes.
Et vient enfin l’interminable descente vers Nyon.
À l’arrivée, l’équipe de la Gravel Trans Jura accueille chaque participant avec la même chaleur qu’au départ. Un repas, une bière Vélosophe, quelques discussions entre finishers et une médaille viennent conclure l’aventure.
Une définition du gravel
Nous participons chaque année à de nombreux événements et passons nous-mêmes beaucoup de temps à tracer et reconnaître des parcours.
C’est peut-être pour cette raison que nous avons autant apprécié la Gravel Trans Jura.
Parce qu’elle illustre parfaitement ce que devrait être le gravel selon nous.
Une trace intelligente. Des chemins choisis avec soin. Une alternance réussie entre petites routes, pistes roulantes, sections plus techniques et passages sauvages. Une organisation discrète mais extrêmement efficace. Et surtout, cette capacité à nous faire voyager.
Bien sûr, nous reviendrons probablement un jour pour redécouvrir la première partie du parcours sous un ciel plus clément. Les cent premiers kilomètres méritent sans doute davantage que la pluie qui nous a accompagnés.
Mais une chose est certaine : la Gravel Trans Jura fait désormais partie de nos plus belles aventures gravel en Suisse.
Que l’on parte seul, entre amis, pour relever un défi sportif ou simplement pour découvrir le Jura autrement, chacun y trouvera sa propre aventure.
Et c’est probablement là sa plus grande réussite : nous rappeler que le gravel n’est pas seulement une manière de rouler, mais surtout une manière de voyager.

Nathalie Monnier
Nathalie Monnier est une Valaisanne hyperactive et passionnée, toujours en quête de nouveaux défis à vélo. Que ce soit sur route, en gravel ou en bikepacking, elle aime explorer chaque col, chaque sentier, et surtout éviter les routes trop fréquentées. Avec Fabien, son mari et meilleur partenaire de ride, ils forment les Mim’s, un duo inséparable sur deux roues, toujours prêt pour une nouvelle aventure ou un nouveau challenge !
Co-fondatrice de la communauté féminine PSWCC, Nathalie s’investit pour rendre le cyclisme plus inclusif et inspirer d’autres femmes à rouler au travers de rides et de divers évènements. Directrice de course sur la Gaaalps et la Race Across Switzerland, elle met sa passion et son expertise au service d’événements d’ultra-distance qui collent à ses valeurs d’exploration, de dépassement de soi et d’authenticité.
Il y a de fortes chances que vous la croisiez sur une des nombreuses petites routes valaisannes ! Suivez ses magnifiques aventures sur Instagram.





