A vous le relais : L’époustouflant Maratona delle Dolomite de Tamara

Photo @altabadia.org
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On m’en avait parlé, de cette célèbre course amatrice Italienne. La difficulté, les paysages à couper le souffle, les cyclistes italiens avec leurs habits tirés à quatre épingles et assortis à leur vélo… même les plus aguerris des cyclistes de mon entourage ne juraient que par la beauté de ce marathon… en même temps comment ne pas être impressionné par cet environnement de haute montagne que représentent les Dolomites! 

L’occasion se fut présentée pour moi de pouvoir participer à cette course mythique. Je remercie d’ailleurs Castelli qui m’a permis de réaliser un rêve et un beau défi que j’avais en tête depuis déjà quelques années. Je sais qu’il est en plus assez difficile d’avoir sa place sur ce marathon, tant les demandes sont nombreuses et le nombre de places très limitées. Depuis quelques années, un tirage au sort est par ailleurs effectué.

J’ai malheureusement bien cru devoir décliner l’invitation malgré tout lorsque en entraînement de trail, 3 semaines auparavant, je glisse en descente et tombe brutalement. Résultat de la chute: fracture du coccyx et minimum 2 à 3 semaines de repos complet … le verdict est toujours très dur à prendre, surtout quand le sport fait partie de notre quotidien et qu’il participe à notre bien être. Pour moi cela signifiait aussi pas de sorties alpines pendant les semaines qui allaient suivre et j’avoue que l’idée de ne pas rouler ou de courir en montagne m’angoissait fortement. Néanmoins je me rassurais en me disant que cela aurait pu être bien pire… mais surtout avec une idée en tête reprendre au plus vite et c’est ainsi que je rends sur place après seulement une semaine de repos.

Dans ma tête, il était clair que quoi qu’il arrive et malgré la difficulté de la course, je terminerai la Maratona. Après avoir passé moins de deux semaines à marcher dans cet environnement féerique que sont les Dolomites, nous voilà enfin le jour de la Maratona.

Le réveil sonne tôt, à 5h… ça pique un peu. Le départ de la course est prévu à 6h40. Cela nous laisse le temps de déjeuner, de s’habiller, et de faire les dernières vérifications du vélo. En chemin, vers la ligne de départ, le soleil se lève tranquillement en même temps qu’affluent des milliers de cyclistes. L’ambiance est très spéciale, calme et pleine d’énergie à la fois. Au dessus de nous, les hélicoptères de la RAI se mettent en place, on nous fait passer et descendre par le fameux Mür dl Giat à la Villa, là où se trouve le départ. 360 m avec des pentes à 19%, ce sera le dernier challenge du parcours de la Maratona. Très court mais très impressionnant surtout après 4000m de D+. Cela rajoute un petit coup de pression en plus, mais comme on dit en Italie « chi va piano va sano e chi va sano va lontano » et je décidais donc de prendre au mot cette expression.
Le coup de fusil retentit, signalant le départ. Aux vues du nombre de participants, plus de  4500 sur le grand parcours et 9000 sur l’ensemble des 3 courses, le premier coup de pédale a été un peu retardé. Enfin lancés, chacun essaie de ne pas gêner son voisin dans ces premiers kilomètres de plat jusqu’à Corvara, qui arrive très vite et de là, les ascensions débutent.

Les cols vont alors s’enchaîner et le peloton s’étirer. On commence par le fameux “Sella Round” avec ses 4 cols, ça avance plutôt bien, chacun essaie de trouver son rythme. Je me ménage et même si j’ai envie d’appuyer un peu plus, je me dis que j’aurai l’occasion de donner plus dans la deuxième partie du parcours.

Je m’amuse à regarder les drapeaux sur les dossards des participants. J’avais lu que cette course comptait environ 50% d’italiens et 50% d’étrangers. Je croise quelques drapeaux suisses, très peu de français et énormément de britanniques, d’allemands de belges, de néerlandais et de danois… je croise aussi quelques filles de tous les âges, nous sommes encore peu nombreuses sur cette cyclo mais quand même bien présentes et je m’en réjouis. Je décide de ne pas m’arrêter sur cette première partie du parcours. J’essaie de boire régulièrement et de bien m’alimenter. Je repasse Corvara pour attaquer la deuxième partie du parcours, qui passe de nouveau par le Passo Campolungo, pour ensuite enchainer le Passo Giau et le Passo Falzarego.

Je me sens plutôt bien. Je m’arrête pour recharger mes gourdes et j’arrive à suivre un peloton qui va m’emmener rapidement au pied du Passo Giau, celui que je n’avais pas repéré… et là d’entrée, la pente se durcit et je commence à me dire que cette ascension va être longue. Je lève la tête et je vois tout là haut le sommet du col et tous ses lacets très raides. Je regarde mon compteur, on est dans du 11% et on va le rester pendant un long moment… avec 9,3% de moyenne sur 9,9 km il va falloir gérer l’effort… surtout que ce n’est que le milieu du parcours.

Je regarde autour de moi, tout le monde semble être un peu plus dans la difficulté. Je n’ose plus trop regarder en haut car le col paraît encore loin. Je regarde alors les drapeaux sur les dossards et essaie de ne pas penser à la difficulté. A 2 km du col, la vue est dégagée, on voit alors au loin les éclairs et les orages qui nous tourment autour. Ça tonne. À chaque coup de tonnerre, les cyclistes appuient un peu plus sur les pédales comme s’ils voulaient fuir cette masse cotonneuse très sombre qui nous menaçait et poursuivait.

Arrivée au col Giau, le ravitaillement s’impose et fait du bien. On recharge les batteries pour la suite. Et c’est reparti, la descente du Passo Giau est incroyable, les routes étant fermées on peut se faire plaisir et lâcher les freins et cela dans un décor de carte postale. La descente est longue et la route mouillée. Om attaque ensuite le Falzarego plus doux que le précédent mais la fatigue se fait ressentir. L’orage nous aura épargné, l’ascension se fait au soleil. Ce sera le dernier col avant le Mur dl Giat qui sonnera la fin du parcours. Étrangement je fais la descente du Falzarego en doublant pas mal de cyclistes… je ne sais pas si c’est la peur d’affronter le Mür dl Giat qui fait que quelques cyclistes prennent leur précaution. J’arrive à Alta Badia la Villa et prends un petit virage serré qui s’ouvre sur le Mür. J’attaque assise sur mon vélo mais rapidement je me mets en danseuse, je double quelques cyclistes, je m’accroche à mon guidon et entends les encouragements des spectateurs et spectatrices qui me portent jusqu’en haut de la bosse. Pas si dur que ça ce mur. Tous les cyclistes augmentent leur cadence de retour sur le plat. On entend les cris et les applaudissements de la ligne d’arrivée au loin à Corvara. Tout le monde semble comblé mais aussi soulagé. Quelques derniers coups de pédales un peu plus virulents pour passer la ligne d’arrivée et voilà. Basta cosi!

Il est un peu avant 14h, j’ai relevé mon défi. Je regarde au loin et vois que l’orage s’annonce. Une heure plus tard il pleuvait des cordes.

J’ai été très agréablement surprise par l’implication des organisateurs sur les questions environnementales. Une grande sensibilité au respect de l’environnement s’est développée les dernières années sur cette cyclo, n’oublions pas que cette course évolue dans un site classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO et beaucoup d’initiatives sont mises en place afin de garantir un maximum d’attention pour minimiser la pollution que peut engendrer la venue de plus de 9000 personnes sur ce site. Un exemple à reproduire sur les autres grandes épreuves cyclistes !

Je vous recommande donc d’inclure cette course dans votre calendrier et même de combiner cet événement avec quelques vacances, vous ne serez pas déçus et pour tous les amoureux de la montagne vous verrez que cette région est addictive.

Texte de Tamara Colombier

A vous le relais

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