En juin de cette année, je me suis rendu en Slovénie avec deux autres cyclistes romands, Natacha et Javier, pour découvrir ce pays à vélo et documenter notre expérience. Un projet est né grâce au soutien de l’office du tourisme slovène ainsi que de Roadbike Holidays.
Nous avons chargé mon van avec nos vélos de route et de gravel et nous avons rallié la Slovénie depuis la Suisse en voiture, environ dix heures de route à travers l’Italie. Un long voyage qui nous a permis de faire connaissance: Natacha habite dans la région de Nyon et Javier près de Delémont. Ils sont tous deux sont des cyclistes passionnés et nous nous réjouissions de vivre cette aventure ensemble.
J’avais déjà traversé la Slovénie… en une seule journée, lors de la Transcontinental Race en 2015. Je me souvenais d’une contrée verdoyante et accueillante, mais je n’avais pas vraiment eu le temps de le découvrir. Cette fois, j’étais curieux de passer plus de temps dans le pays de Tadej Pogačar et Primož Roglič: la Slovénie n’est pas une destination cycliste aussi populaire que la France ou l’Italie, mais elle est de plus en plus citée comme un « nouvel eldorado » pour le vélo. Il était temps d’aller vérifier par moi-même.
Première halte : Ribno Alpine Resort
Nous avons séjourné dans trois régions différentes, que je présenterai en autant d’articles. Notre première base était le Ribno Alpine Resort, tout près de Bled. Un lieu unique : nous logions dans des bungalows en bois au toit pointu, inspirés de l’architecture traditionnelle de la région. L’ambiance était directement donnée par la déco : maillots, photos et souvenirs de champions slovènes ornaient les murs. Tous semblent être passés par là ! L’hôtel attire une clientèle très cycliste, et nous nous sommes tout de suite sentis « chez nous ».
Avec l’aide de Katarina, la dynamique et passionnée directrice de l’hôtel, nous avons planifié deux boucles bien différentes autour de Bled et dans les Alpes Juliennes, tout près des frontières italienne et autrichienne.
Jour 1 : le lac Bohinj et la première grimpée
Nous quittons l’hôtel par de petites routes tranquilles et des pistes cyclables parfaitement aménagées. Au bout d’une trentaine de kilomètres, nous faisons halte pour un café au bord du lac Bohinj. Niché au cœur du parc national du Triglav, ce lac glaciaire est moins connu que Bled mais encore plus sauvage. Ses eaux calmes reflètent les sommets environnants, et en ce mois de juin, l’endroit respire la sérénité.
Sur le retour, nous grimpons un petit col à 1 200 m d’altitude. La route est déserte, l’effort tranquille. Enfin… pas tout à fait pour moi. Dix jours plus tôt, j’ai terminé une course de bikepacking dans les Balkans, et mes jambes portent encore les stigmates de ces longues heures de selle. Mais peu importe : l’air est pur, la route belle et la compagnie excellente.
Avant de regagner l’hôtel, nous nous arrêtons pour manger au bord du lac de Bled, attraction touristique majeure du pays. En été, c’est loin d’être un bled. L’endroit grouille de visiteurs, mais en ce début juin, la foule reste raisonnable. Première impression générale de la Slovénie: c’est verdoyant, riche en lacs et en rivières, et surtout très « bike friendly » — les infrastructures sont nombreuses et les automobilistes respectueux.
Jour 2 : Vršič et Mangart, cols de légende
Avant de venir, je ne connaissais que de nom le col de Vršič. Mais les photos de ses 24 virages en épingle pavés m’avaient intrigué. Une sorte de Tremola slovène! Situé à 1 611 m d’altitude, il est le plus haut col routier du pays et fut construit par des prisonniers russes pendant la Première Guerre mondiale.
Nous partons de Kranjska Gora, à environ 45 minutes de route depuis notre hôtel. Dès la sortie de la ville, la route s’élève. Je peine à suivre Javier et Natacha : le poids de mon matériel photo, la fatigue de ma course de bikepacking… et sans doute mes 53 balais n’aident pas. Devant, mes deux jeunes compagnons dansent sur les pédales. L’atmosphère est particulière : les nuages s’accrochent aux montagnes, créant un décor presque inquiétant. En photographe, je savoure. Au sommet, il fait frais et nous basculons rapidement dans la descente.
Nous longeons ensuite la rivière Soča. Sa couleur turquoise presque irréelle est devenue une carte postale de la Slovénie. Alimentée par les glaciers du Triglav, elle attire kayakistes, pêcheurs… et désormais cyclistes comme nous.
Mais le vrai défi de la journée nous attend : le Mangart Saddle, à 2 055 m, l’une des plus hautes routes carrossables du pays. Fermée en hiver, elle n’était peut-être pas encore complètement dégagée. Nous décidons tout de même de tenter notre chance.
Au début, nous roulons sur la large route du Predel Pass, puis bifurquons vers Mangart. Tout change : la route se rétrécit, le trafic disparaît, seuls quelques cyclistes apparaissent çà et là. La montée est splendide, sauvage, presque intimidante. Je la comparerais volontiers à notre Sanetsch.
À deux kilomètres du sommet, nous tombons sur un premier névé. Nous le franchissons à pied, chaussures trempées, mais contents d’avancer. Plus haut, c’est un virage entier recouvert de neige. Certains ont poursuivi à pied, mais d’autres névés sont visibles plus haut. Le temps file — retardés plus bas par une crevaison de Javier — et nous décidons de faire demi-tour. Frustrés ? Pas vraiment. On voulait de l’aventure, on l’a eue !
Nous redescendons et reprenons l’ascension du Predel Pass, franchissons la frontière italienne en direction de Tarvisio, avant de prendre la fantastique Ciclovia Alpe Adria: une ancienne voie ferrée reconvertie en piste cyclable qui relie Salzbourg à Grado en Italie. Tunnels, viaducs, paysages grandioses… L’idéal pour finir une longue journée.
Sauf quand la fringale vous tombe dessus. C’est mon cas. Trop occupé à prendre des photos et à m’accrocher dans les roues de mes compagnons, j’ai négligé l’alimentation. Résultat : une hypoglycémie carabinée. C’est un peu une habitude, ceux qui sont venus shooter avec moi pourront le confirmer.
Heureusement, un petit bar apparaît tel un mirage le long de la piste cyclable. Je me jette sur des « krapi », sorte de raviolis avec une farce soit sucrée, soit salée, accompagnés d’un coca (ou deux?). Miracle : je redeviens un être humain fonctionnel et sympathique.
Nous retrouvons la voiture quelques kilomètres plus loin, fatigués mais ravis. Vršič et Mangart ont tenu leurs promesses: la Tremola et le Sanetsch en une boucle! Nous la recommandons sans réserve, à condition d’éviter la haute saison (juillet-août), quand le trafic doit être bien plus dense.
Et maintenant… la mer
De retour à l’hôtel, nous prenons une douche rapide, chargeons les vélos dans le van et reprenons la route. Direction : la côte adriatique. Mais ceci est une autre histoire… que je raconterai dans le prochain épisode.
Alain Rumpf
Cycliste passionné depuis plus de 35 ans, Alain Rumpf est bien connu sur les réseaux sociaux grâce à son compte « A Swiss with a Pulse » qui compte plus de 13’000 followers.
Dans une précédente vie, il a été coureur cycliste Elite et a travaillé 20 ans pour l’Union Cycliste Internationale. En 2014, il décide de quitter le confort d’un bureau pour devenir guide, photographe, rédacteur et consultant. Il collabore avec Suisse Tourisme, Haute Route, Scott, Apidura, Alpes Vaudoises, komoot, Vélo Magazine, le Tour des Stations et bien d’autres. Il dirige le site Switchback, un guide du vélo de route et du gravel dans les Alpes et au-delà. Découvrez tous ses articles sur cycliste.ch.