Histoire de gravel

En mode clown, je m'entraîne pour rejoindre le cirque Knie !

Le gravel, une certaine légèreté du vélo

Le gravel… Cette pratique déchaîne les passions au sujet de sa définition et de sa pratique. Après avoir séduit les curieux et les aventuriers, le gravel est en train de s’enraciner dans le monde du vélo. Mais que se cache-t-il derrière ce vélo de route aux gros pneus ? A travers les quelques lignes qui vont suivre, nous vous apportons un petit éclairage concernant ce phénomène grandissant.

Le gravel c’est toujours l’aventure, on part explorer de nouveaux horizons sans se poser trop de questions. C’est tout du moins ma vision du gravel. Si ça monte, on pédale, si ça descend, on fonce, si ça ne passe pas, on porte son biclou.

Le gravel – Une histoire aussi ancienne que le vélo

Un seul point ne se discute pas sur ce sujet, le terme gravel provient de l’anglais, il signifie «gravier». De la naissance des draisiennes (1817) à l’arrivée du vélo, les routes ne possédaient pas encore le revêtement asphalté ou bitumé que nous connaissons. Les pionniers du deux-roues roulaient sur des routes pavées, sur du macadam (invention de John Loudron en 1820) ou sur des chemins de terre ou de gravier. Des premières compétitions de cyclisme, jusqu’aux années 50-60, les courses de cyclisme empruntaient régulièrement des passages «gravel». Puis avec l’élargissement des routes goudronnées, la donne a changé et la pratique est tombée dans un certain anonymat. En excluant volontairement le cyclotourisme, l’apparition du phénomène gravel actuel remonte à il y a quinze-vingt ans et elle trouve sa source aux Etats-Unis. L’objectif des premiers pratiquants était d’élargir leurs horizons et de ne pas s’arrêter de rouler si la route se transformait en chemins 4X4 ou en sentier naturel.

Un pont entre les pratiques – Une histoire personnelle

Le gravel établit un pont entre le cyclisme traditionnel et les pratiques tout-terrain. Quand on se retrouve entre deux mondes, les liaisons ne sont jamais clairement définies. De ce fait chacun possède sa propre vérité. Celle-ci dépend de son expérience, de son terrain de jeu, de ses attentes et de sa vision du monde. L’ouverture d’esprit et la liberté restent cependant le ciment de cette pratique.

Le Grand Raid, de Verbier à Grimentz, en gravel ? Oui, c’est possible, mais pas forcément conseillé… ! Nous l’avons fait en compagnie d’Yves Corminbœuf.

N’oublions également pas que si la vague gravel provient des USA, tout comme la parenté du VTT, par le passé, les adeptes de voyages à vélo et certains cyclocross-men (en dehors de la période hivernale) ce sont aventurés sur des routes 4X4 et quelques sentiers. Ce n’est pas hier, ni avant-hier que les cyclistes ont exploré de nouveaux horizons. Rien que pour ne parler que du Valais, de nombreux pratiquants avaient gravi la route 4X4 qui mène de la Tzoumaz à Verbier (Croix de Cœur) et la montée de Draversaz bien avant que le gravel ne soit tendance.

Personnellement, j’ai toujours cherché à aller plus loin et à m’amuser au guidon d’un vélo, et ce bien avant avoir découvert le VTT. A la sortie de l’école, durant mon enfance, mon demi-course a subit de nombreux mauvais traitements. Puis ce fut au tour du vélo de cyclo-cross, avec de belles frayeurs concernant le freinage et la fragilité des pneumatiques. Ce n’est toutefois que vers 2011-12 en testant un prototype de Kona Rove en titane que mes premières aventures gravel ont réellement débuté.

L’aventure complète… Sur un coup de tête en fin de journée, je suis parti en direction de Lavey, puis une bonne montée sur la cabane de la Tourche avant d’emprunter un chemin menant directement sur les Plans en passant sous la Dents de Morcles. Un coup de tête qui m’aura valu pas mal de portage… le sentier de descente ayant pratiquement disparu !

Et vous, quel est le chemin qui vous a amené au gravel ou qui pourrait vous transporter dans cet univers ? Laissez donc votre avis dans les commentaires 😉

Les différents visages du gravel

Voici quelques variantes de la pratique du gravel. Cette liste ne se veut pas exhaustive :

  • On entend souvent dire, de la bouche des profanes et de ceux qui pensent tout connaître, que le gravel ne rime pas avec la compétition. Pourtant aux USA, les pionniers ont rapidement organisé des courses. Mis à part la série Gravel Tour https://www.facebook.com/GravelBikeSuisse/photos/a.1922491538020476/2298546183748341/?type=3&theater mise sur pied par Yves Corminbœuf et le Gravel du Roc d’Azur https://www.rocazur.com/fr/les-courses/gravel, les compétitions classiques ont de la peine à s’exporter en dehors du continent américain. Une exception à cela, les épreuves d’endurance en autonomie, du genre la French Divide http://www.frenchdivide.com/. Ce type de compétitions ou de brevets connaît une certaine explosion ces deux-trois dernières années.
  • Le voyage à vélo et les très longues sorties, souvent sur plusieurs jours, sont très à la mode. Les hipsters ont su moderniser l’ancienne pratique du cyclotourisme que j’appelle souvent cyclo-camping par provocation.
  • Rouler sans se poser de questions, sur des terrains variés et sur des sorties courtes ou longues, cela reste toutefois la pratique la plus répandue. Les fans de chrono optent pour des vélos sportifs, certains recherchent de la polyvalence et d’autres utilisent des gravel radicaux dit «Monster Cross». Ces derniers ressemblent un peu aux premiers VTT utilisés par la légende Tomac. La modernité de l’équipement et des géométries en plus. Car comme disait feu le philosophe Michel Serres, ce n’était pas mieux avant !

Finalement, le monde du gravel est large, il est donc logique de voir des vélos disparates. A chacun sa vision. À chacun son biclou, à chacun son ride, selon ses envies, ses capacités et son terrain de jeu.

Hiver, printemps, été, automne, le gravel ne s’arrête jamais. La polyvalence de ce type de vélo est un sérieux atout.

Quel futur pour le gravel ?

Le gravel devrait être bien plus qu’une mode passagère, ses atouts sont divers et variés. Parmi eux, deux points forts qui plaident en sa faveur :

  • Il est de plus en plus dangereux de circuler sur nos routes. En gravel on peut s’échapper sur de petites routes, asphaltées ou non, pour éviter les grands axes.
  • A l’usage, ces vélos vous surprendront par leur polyvalence. On roule là où on en a envie sans être limité par le matériel. Parfois, sur un coup de tête, on bifurque dans une direction qui nous est inconnue, le gravel pousse à l’aventure et à la découverte.

Au niveau de la compétition, suite au succès de la désormais incontournable Strade Bianche, le gravel a le vent en poupe. Cela amène un certain suspens et une technicité aux courses modernes qui peuvent en manquer.

Le gravel apporte une certaine légèreté et une insouciance bienvenue dans le monde du cyclisme, et ce, même si un gravel est un peu plus lourd qu’un vélo traditionnel 😉

En direction d’un désert portugais

Texte & photos : Amaël Donnet

Amaël Donnet

Il se souvient de ses temps sur le tricycle, pourtant ce n’est qu’à l’âge de 11 ans, au moment de laisser tomber le judo, qu’ Amaël a sérieusement commencé à rouler à vélo en partant à l’aventure et en prenant part à quelques petites courses. Par la suite, aucune catégorie ne lui a échappé malgré un petit interlude snowboard. Aujourd’hui, que ce soit à VTT enduro, XC, sur route, gravel ou encore en jouant au bike polo, ce drôle de zèbre (référence instagram ;)) trouve toujours de quoi se faire plaisir sur ses biclous. Professionnellement, il travaille en tant que rédacteur spécialisé dans des magazines cyclistes et occupe un poste d’entraîneur national U17 tout en étant actif dans le cursus de formation J+S.

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