Les débuts

Crevaison

Il y a les débuts tout en douceur. Et puis il y a les autres…

J’ai l’impression que mon premier article a fait du bruit. Oups, le 3ème degré me semblait pourtant évident. Vous croyez que j’aurais dû mettre des gants ? Quoi qu’il en soit, ça ne peut pas être pire que mes débuts à vélo. Laborieux!

À commencer par la tenue :

  • Un cuissard de supermarché. Détendu après 2 lavages. Délavé après une semaine. Mort après 1 mois.
  • Un débardeur en coton. Trempé à la fin de la sortie.
  • Des chaussures premier prix. Les plus moches que j’aie pu voir à ce jour. Et qui ne maintiennent pas les pieds.
  • Des chaussettes de ville en coton ultra basses pour éviter la marque du bronzage. No comment !

Même s’agissant de style, un début peut être chaotique !

Je ne le savais pas encore, mais j’allais découvrir le bizutage à vélo. Dans toute sa splendeur.

Commandé des pédales Shimano Dura Ace. Dura quoi ? Il paraît que c’est bien. Connais pas. J’ai vite fait connaissance et autant vous dire que le courant n’est pas bien passé.

Clipser était déjà une aventure en soi. Je me bagarrais avec mes pédales. Dans une lutte sans merci. Sans que je sache trop comment, je finissais toujours par gagner. Alors elles se vengeaient au déclipsage.

  • Je l’avais bien compris alors je gardais toujours 50m de réserve. Au cas où. Je m’arrête pour manger ma barre. Oublié les 50m. Bam !
  • Un freinage d’urgence. Je panique et secoue maladroitement mes 2 pieds en espérant la libération. L’espoir fait vivre mais n’empêche pas la chute. Bam !
  • Je déraille en voulant changer de plateau au moment d’attaquer la montée. Bam !

Après « jamais 2 sans 3 » j’étais enfin prête à devenir une cycliste. Une vraie. Qui ne s’étale pas de tout son long aux pieds des passants dans un moment de solitude le plus total.

Maintenant que je tenais sur mon vélo en tenue ridicule, les véritables déboires allaient enfin pouvoir commencer !

Je commence par rouler seule. Non pas par conviction car je suis une solitaire attirée par l’aspect méditatif de l’effort. Ou une sauvage. Non, simplement car je ne connais encore personne. Ni Strava d’ailleurs. Me laissant seule dans mon labeur.

Seule quand mon unique crevaison a lieu sur une route fréquentée, sans trottoir ni bas-côté. Juste un talus bien pentu d’à peine 1m de large. Pas très pratique quand tu dois suivre le tuto sur YouTube et trafiquer sur ton vélo en équilibre dans cette pente hostile. Ça aurait bien valu une prime au mérite !

Peu après j’allais être testée dans ma résistance aux chocs (et celle de mon vélo par la même occasion).

Eh oui, tant que tu n’as pas goûté au doux contact du goudron sur ta peau, tu ne réalises pas toujours que le vélo peut être un sport dangereux et la descente périlleuse. Trop absorbé par la délicieuse sensation de la gravité que tu défies à chaque courbe. Jusqu’à ce que les lois de la physique ne te collent pour de bon à l’asphalte.

En un instant j’avais gagné mon premier tatouage cycliste. Et mon rituel de passage. Mon côté gauche à moitié dénudé (pas sexy pour autant, croyez-moi !), je me redresse dans un état d’ivresse, n’ayant pourtant pas mis d’abricotine dans ma gourde.

Après 15min de bataille pour décoincer la chaîne, qui visiblement n’avait plus envie de faire équipe avec moi, les mains plus noires qu’un mécano (un vrai), j’ai enfin pu boucler cette sortie … disons initiatique. Le métier qui rentre paraît-il.

Mes labeurs en solo affrontés et surmontés, il était temps de goûter aux joies des déboires en équipe.

Un jour, tandis que je remontais chez moi par les vignes, je rencontrai enfin d’autres cyclistes. Et grâce au coup de moins bien d’un d’entre eux, je parvins à les rattraper. Hors de question de montrer que par cette chaleur étouffante, je m’étais saignée pour revenir sur eux. Non, je n’avais déjà pas d’allure sur le vélo, alors je voulais au moins arriver à leur hauteur avec un semblant de dignité !

Malheureusement la classe allait être de bien courte durée. Car à la sortie suivante, Monsieur Coup-de-Moins-Bien était absent. À mon grand désarroi. Pas de favoritisme : physiquement et mentalement, j’ai pris cher.

Pendant que mon cœur joue au métronome fou, la sueur dans les yeux, les jambes en feu, mes nouveaux compagnons se narrent joyeusement leurs week-ends (et même pas en version abrégée) et capturent, téléphone à la main, ce si joli coucher de soleil qu’en l’état je suis incapable d’apprécier.

Durant ma lente agonie, tout va très vite dans ma tête (et seulement dans ma tête !) : « Finalement le vélo c’est mieux en solo. Faut que je trouve une excuse pour mercredi prochain. Et pour les suivants. Et dire que je pourrais être sur mon transat. J’ai soif. J’ai faim. J’ai mal. Je suis une limace. Non un boulet. D’ailleurs j’ai pas crevé ? Pourquoi ces satanées lunettes n’arrêtent pas de tomber ?»

Puis vient enfin le moment de délivrance. Quand tu vois la pente s’adoucir jusqu’à s’aplanir. Le sommet.

Et quelle vue ! Celle que tu étais incapable de contempler jusque là. C’est alors que tu réalises que tu l’as méritée à la sueur de ton front et à la seule force de tes jambes. Normalement aussi à celle de ton mental mais, comment dire… pas ce jour là !

Cela peut sembler insignifiant pour un cycliste chevronné, mais pour une novice comme moi, c’est énorme ! Un sentiment de fierté et d’accomplissement. De dépassement de soi. Des sourires. Des poignées de mains. Du partage. De l’amitié.

Alors je repense à mes réflexions de la montée : « Non le vélo c’est bien meilleur en équipe. Vivement mercredi prochain. Et tant pis pour ma dignité. Même plus faim, même plus soif. Tiens faudra quand même que je change ces satanées lunettes. »

Je suis heureuse !

Il y a les débuts tout en douceur. Et puis il y a les autres. Qui ont une saveur toute particulière. Un savant mélange d’audace, de naïveté, de souffrance, de doutes, de persévérance, d’épreuves et d’un grain de folie.

Une saveur unique au goût de reviens-y.

J’y reviens. Et vous ?

Anaëlle Racine

Anaëlle s’est découvert sa véritable passion pour le vélo de route à 32 ans, en relevant le défi de participer à la Gruyère Cycling Tour contre un abonnement de ski. N’ayant pas de vélo, c’est son frère qui lui a prêté le sien pour commencer à s’entraîner. 3 semaines plus tard, elle achetait son premier vélo, et la grande histoire d’amour a commencé.
Installée en Valais Central, c’est sur Fribourg, avec le club ACC Corminboeuf dont elle fait partie, qu’elle a appris à rouler. Elle aime quand chacun participe à la réussite du groupe, apportant son énergie, sa contribution et sa sueur à chaque relais, assurant la sécurité de ses coéquipiers. Sa devise sur le vélo : souffrir avec le sourire.
Suivez Anaëlle sur Instagram : anaelleracine_vs. Retrouvez tous ses articles ici.

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