« Je n’aime pas descendre »
« Je ne suis pas à l’aise dans un peloton »
« Je perds du terrain à chaque virage »
Beaucoup de cyclistes pensent que ces difficultés sont simplement une question de talent, d’expérience… ou de courage.
En réalité: c’est le stress qui prend le contrôle du système. En termes plus scientifiques: lorsque le cerveau perçoit un danger – réel ou imaginaire – il ordonne au corps de libérer du cortisol et déclenche la réaction de “fight or flight” (bats-toi ou prends la fuite). La vision se rétrécit, les muscles se raidissent et le cortex préfrontal, responsable de la coordination et de la prise de décision, cesse de fonctionner.
Autrement dit : on lâche tout pour se concentrer sur la survie. Dans la préhistoire, c’est ce qui permettait de s’en sortir quand on croisait un mammouth. Quand ça nous arrive sur le vélo, on oublie la finesse. On réagit, parfois maladroitement, au lieu d’agir avec contrôle.
Le cycliste en « mode combat »
Et sur la route, on repère facilement un cycliste en « mode combat » : épaules crispées, les coudes verrouillés. Les mains serrées à mort sur le guidon, torse rigide.
Ce n’est pas seulement inconfortable. Cela affecte directement la façon dont le vélo se comporte… et la façon dont tu dépenses ton énergie :
- rouler sous stress brûle les réserves de glycogène plus vite
- des bras verrouillés transmettent les vibrations de la route aux articulations, provoquant des douleurs au cou, aux épaules et au dos
- avec le temps, cela entraîne fatigue, blessures chroniques et une expérience du vélo marquée davantage par l’inconfort que par le plaisir
C’est aussi une question de sécurité: des études européennes suggèrent que jusqu’à la moitié des accidents à vélo sont des chutes sans collision avec un autre véhicule. Autrement dit : beaucoup d’accidents surviennent simplement lorsque le cycliste perd le contrôle de son vélo.
La bonne nouvelle, c’est que ces réflexes ne sont pas une fatalité. Ils peuvent s’apprendre et s’entraîner. C’est précisément l’objectif des Skill Clinics que j’organise : comprendre comment le cerveau réagit au stress et entraîner des réflexes plus efficaces sur le vélo. A l’aide d’un poulet. Whaaaat? Je t’explique tout cela un peu plus loin.

On apprend à pédaler… rarement à piloter
La plupart d’entre nous ont appris à faire du vélo enfants. Une fois l’équilibre trouvé, on considère que c’est acquis pour la vie.
Mais il y a une différence importante entre pédaler et piloter:
- On apprend facilement à pédaler
- On apprend beaucoup plus rarement à contrôler finement son vélo : regarder loin, choisir une trajectoire, rester détendu, garder de la fluidité même dans des situations stressantes.
Beaucoup de cyclistes roulent depuis des années… sans jamais vraiment travailler ces compétences. Résultat : certaines habitudes s’installent. On freine trop longtemps dans les virages. Ou on regarde les obstacles au lieu de regarder la trajectoire. Et on se crispe quand la situation devient incertaine.
Avec le temps, ces comportements peuvent finir par sembler normaux: certains cyclistes pensent même que c’est simplement « leur façon de rouler ».
Pourquoi on reste bloqué dans nos habitudes
Le plus grand obstacle au changement n’est pas le manque de capacité, mais notre perception de la réalité. Le cerveau ne montre pas simplement la réalité. Il montre ce qu’il s’attend à voir à partir de nos expériences passées :
La perception
Si tu crois que les virages serrés sont dangereux ou que lâcher le guidon te fera tomber, ton cerveau filtre toutes les preuves qui contredisent ces idées. Les psychologues appellent cela le biais de confirmation.
Le Réflexe naturel
Lorsque nos perceptions profondes sont challengées, cela crée un inconfort immédiat, déclenchant un réflexe instinctif de résistance plutôt que d’apprentissage.
Le résultat
On continue à répéter les mêmes comportements, même lorsqu’ils ne fonctionnent pas.
Cela nous entraîne dans des pièges mentaux, et nous finissons par accepter un manque de compétence ou la peur comme si c’était un trait permanent.
En réalité, ces réflexes peuvent évoluer. Et c’est précisément ce que nous travaillons dans les Skill Clinics. Grâce à un poulet.

Apprendre en jouant
Les Skill Clinics partent d’une philosophie simple : le cerveau apprend mal lorsqu’il est sous stress.
Sur la route, certaines erreurs ont de vraies conséquences: toucher un rail de tram, glisser sur une chaussée mouillée ou mal négocier un virage peut entraîner une chute. Ce risque crée de l’anxiété… et l’anxiété dégrade la performance.
Sur un parking plat avec des cônes souples, la situation est très différente. Le pire qui puisse arriver est de poser un pied au sol, ou de trébucher et de froisser un peu son ego: les psychologues parlent d’un “environnement à faible enjeu”.
Dans ce contexte, le cerveau cesse de chercher le danger et peut se concentrer sur la technique. L’apprentissage se fait alors en deux étapes :
Répétition
Dans un jeu, l’échec fait simplement partie du processus. Tu essaies, tu vacilles, tu recommences. Répéter un mouvement encore et encore le transforme progressivement en mémoire musculaire.
Transfert
Une fois la compétence automatisée dans un environnement calme, elle se transfère naturellement aux situations plus stressantes. Face à une descente sinueuse ou à une sortie en peloton, ton corps ne panique plus : il exécute simplement ce qu’il a déjà appris.
Un exemple simple : faire plusieurs choses à la fois
Dans les Skill Clinics, je pioche dans un répertoire d’une douzaine d’exercices pour aider les cyclistes à améliorer leurs compétences.
Par exemple, effectuer plusieurs actions simultanément sur le vélo: boire en roulant. Faire un signe de la main en pédalant. Changer de vitesse en freinant. Parler avec des phrases de plus de 3 mots en roulant dans un groupe.
La réaction instinctive est souvent la même : on arrête de pédaler, on ralentit ou on se met en retrait pour pouvoir se concentrer sur une seule action.
Dans les Skill Clinics, nous travaillons ce problème avec un exercice simple : se passer un objet en roulant avec la personne à côté de soi. Et pas n’importe quel objet: j’ai choisi un poulet en caoutchouc qui crie quand on appuie dessus.

Au début, cela paraît presque impossible: lâcher le guidon, prendre le poulet dans sa poche, le passer d’une main à l’autre et le donner à quelqu’un qui roule à moins d’un mètre de soi? Impensable!
Mais quelque chose d’intéressant se produit rapidement : les participants commencent à rire, parce qu’il est impossible de rester sérieux avec mon poulet. Et ce moment est plus important qu’il n’y paraît. Le rire interrompt presque instantanément la réponse au stress et redonne le contrôle au cortex préfrontal, la partie du cerveau responsable de la coordination et de la prise de décision.
Une fois ce système de nouveau aux commandes, le multitâche redevient naturel.
Boire, pédaler, regarder loin devant, rester stable dans un groupe… tout cela devient soudain beaucoup plus simple.
Pourquoi cela change tout sur la route
Ce qui surprend souvent les participants, ce n’est pas seulement d’apprendre un exercice. C’est de découvrir, quelques jours plus tard, que quelque chose a changé sur la route.
Tu arrives dans un virage et, sans vraiment y penser, ton regard se porte naturellement vers la sortie. Le vélo suit la trajectoire et tu freines moins.
Dans un groupe, tu attrapes ta gourde sans cesser de pédaler.
Sur une route étroite ou du goudron irrégulier, le vélo bouge sous toi… mais ton corps reste détendu.
Ce ne sont pas des efforts conscients: ce sont simplement de nouveaux réflexes qui apparaissent.
Et c’est souvent là que les participants ont leur moment « aha ». Ils réalisent que certaines difficultés qu’ils pensaient permanentes – peur en descente, tension dans le groupe, gestes maladroits – n’étaient pas des traits de caractère.
Seulement des habitudes. Et les habitudes, avec le bon environnement et les bons exercices, peuvent changer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.
Envie d’essayer ?
Mes Skill Clinics sont conçues pour les cyclistes débutants et intermédiaires qui veulent :
- gagner en confiance
- mieux contrôler leur vélo
- se sentir plus à l’aise en descente, en peloton ou dans le trafic
Le tout dans un environnement ludique, sécurisé… et souvent plein de rires. Avec un poulet.
La plupart des participants repartent surpris de ce qu’ils arrivent à faire après seulement quelques heures.
Découvre tout les ateliers ici. Prochaines dates: le 14 mars avec les Morges Bike Ladies et le 28 avril à Bex.


Lillie Rumpf – Cycling Heidi
Lorsque Lillie est arrivée de la Californie du Sud en Suisse romande en 2008, elle a vécu un choc culturel. L’époque des sorties « fun » était révolue. Les Suisses prenaient leur sport au sérieux. Bien trop au sérieux. Sentant que cette attitude n’était pas de nature à encourager les débutants dans le monde du vélo, elle a décidé d’apporter un peu de fun californien.
Elle a guidé pendant de nombreuses saisons la sortie « sociale » de The Bike à Lausanne et maintenant, comme guide Swiss Cycling, elle continue à organiser des aventures et ateliers techniques pour les femmes et les débutants dans la romandie. Ses balades comprennent toujours des activités d’aventure, de formation et, bien sûr, des « burgers and beer ».
Elle s’occupe également du contenu sur cycliste.ch. Contactez-la à lillie@cycliste.ch ou sur son site cyclingheidi.ch si vous souhaitez participer à ses aventures à vélo! Vous pouvez retrouvez tous ses articles ici.




