Bikepacking entre filles : le summum de la camaraderie

Sur la ligne de départ, 25 vélos de route et 1 gravel électrique, tous en mode bikepacking. Sur ces vélos, 25 femmes, un homme « courageux » et un nombre incroyable de nationalités (j’en ai compté 13). Et en plus, notre héros du weekend, Serge Gration de chez Specialized avec son fourgon d’assistance mécanique.

Notre défi : rouler en 3 jours du lac Léman au lac de Thoune, soit 265km et 5’580mD+.

A cela, ajoutez : de la pluie, du soleil, du brouillard, du vent, des routes en gravel, un peu de single-track, quelques glissements de terrain, deux traversées de rivières, et évidement de la marche. Comme récompense : un spa et de la nourriture délicieuse.

Cela vous semble-t-il amusant ? Croyez-moi, ça l’était !

Mi-juillet, ce groupe est parti pour le week-end annuel de vélo entre filles organisé par Andrea Marcellini, ambassadrice de Specialized et femme du célèbre Christophe Sauser, multiple champion du monde et médaillé olympique. Elle est, comme vous pouvez l’imaginer, douée sur deux roues.

J’ai déjà eu la chance de participer à cet événement l’été dernier au cours duquel nous avions gravi quelques grands cols suisses : Nufenen, Gotthard, Furka, Susten et Grimsel. J’étais heureuse de retrouver tout le monde car ma position de lanterne rouge l’année dernière ne m’avait pas vraiment permis d’échanger beaucoup avec les autres filles pendant la sortie. En fait, je n’avais commencé faire du vélo que 6 semaines avant de me lancer dans ce week-end l’année passée. Oui, je suis une optimiste !

JOUR 1 – le petit tour à vélo le plus long qui soit : 9h pour 60km

Nous avons commencé à Vevey avec des vélos bien chargés en direction de Charmey via Les Pléiades et Les Paccots. Malgré les prévisions météorologiques optimistes, nous nous sommes retrouvées à pédaler sous la pluie (cela résume bien notre été suisse).

D’abord, on monte. Malgré la pluie et le poids de nos bagages, on l’a fait assez rapidement. Mais peu de temps après, on approche du premier dilemme…le gué des Guédères. Je la connaissais déjà, cette traverse d’eau mythique parmi les cyclistes du coin où on teste sa peur en essayant d’y passer sans se mouiller des pieds. Lorsque je l’avais faite, la traversée avait été facile, l’eau était rapide mais peu profonde. Cependant, en raison des fortes pluies récentes, ce petit ruisseau est devenu un vrai obstacle et nous avons dû nous rabattre sur un pont situé plus haut pour le traverser. Non sans devoir porter nos vélos et emprunter un sentier glissant.

Quelques crevaisons plus tard, et donc encore plus de temps perdu, nous avons enfin atteint Les Paccots. Nos pneus de vélo de route n’aimaient pas trop les parties en gravel ni les débris sur toute la route à cause des orages. Après l’aventure et l’attente dans le froid, nous avions toutes faim et nous nous sommes donc arrêtées au restaurant les Rosalys pour manger après avoir parcouru seulement 20km.

Pour moi, une “Soupe du Chalet” semblait être l’option légère parfaite pour se réchauffer – je n’arrive pas y croire que, bien que vivant en Suisse depuis plus de 6 ans maintenant, je n’avais jamais mangé une soupe au fromage et à la crème ! Délicieuse, mais une petite portion fournit sûrement plus qu’assez d’énergie pour le reste de la journée. Les autres filles ont bien profité des jolis mets au fromage et des plats typiques de montagne, et nous sommes toutes reparties souriantes et prêtes à faire la partie censée être la plus facile de notre journée.

Une fois que nous avons quitté le restaurant, le ciel s’est un peu dégagé et nous avons continué notre tour vers Bulle avec de l’espoir d’être au sec. Jusqu’à… quelques kilomètres plus tard, surprise !!! Devant nous, de nouveau un gué, encore plus profond et plus rapide que l’autre. Même une voiture qui nous a croisé en route avait fait demi-tour.

Cette fois-ci, pas de pont, et on ne pouvait même pas traverser le torrent sur la route tellement c’était glissant. Quelques grandes aventurières dans notre équipe ont trouvé un passage plus sûr à travers quelques grosses pierres qui brisaient le courant. A pieds nus ou avec nos chaussures comme moi, on a osé traverser. Grâce à un grand travail d’équipe, nous avons construit une barrière humaine pour sécuriser chaque personne et chaque vélo. Après cette expérience, je peux fortement recommander les chaussures Salomon Amphib Bold ; je les avais emportées par hasard et elles se sont avérées parfaites pour traverser les rivières !

Enfin, la belle région de Gruyères nous attendait, et après un peu plus de gravel, de pluie et quelques crevaisons, nous avons atteint notre première destination, l’Hôtel Cailler à Charmey. Quel timing parfait pour séjourner dans cet hôtel pour la première nuit – nous avons même pu profiter du spa avant un bon dîner ensemble !

Et pendant que nous nous détendions, Serge, notre chevalier du weekend, a reconstitué nos stocks de chambres à air et a nettoyé les vélos !

© Anthony Leutenegger

JOUR 2 – de Charmey à Interlaken par les hauteurs

Après un délicieux petit déjeuner et une belle photo de groupe prise par Anthony Leutenegger, nous avons commencé par quelques montées raides à partir de la Valsainte. Andrea nous a déjà prévenu qu’il y aura un court secteur de single-track au col, la raison pour laquelle j’avais prévu une paire de chaussures de marche.

Mais la surprise du jour était la disparition de notre chemin forestier, dont un tronçon de plusieurs mètres s’était effondré la journée précédente. Heureusement il y avait juste assez de place en amont pour pouvoir continuer notre route.

© Anthony Leutenegger

Après le franchissement du singletrack, l’aventure a continué avec une jolie descente forestière sur une route un gravel. Tout le monde s’en est bien sorti malgré les inévitables crevaisons. Un petit ravitaillement à Plasselb nous a permis de nous préparer pour notre deuxième ascension de la journée, le Gurnigelpass.

Ici, nous pouvions choisir entre la route normale et une route en gravel. Comme je ne savais pas à quoi m’attendre sur la partie en gravel, j’ai choisi la route « normale », bien goudronnée, qui monte vers le col. La journée a commencé sous le soleil, mais les nuages sont revenus en force et nous avons grimpé le Gurnigel dans un épais brouillard.

Une des filles dans le groupe « gravel » a malheureusement chuté, devant le photographe (quelle chance) et a cassé son guidon. A nouveau Serge est venu à la rescousse pour lui fournir un vélo de remplacement pour qu’elle puisse continuer. La classe !!!

© Anthony Leutenegger

Enfin au sommet, nous ne nous sommes pas trop attardées, car il faisait tellement froid dans les nuages et nous ne voyions rien des magnifiques vues du Naturpark Gantrisch. Tant pis… il faudra revenir.

Après avoir survécu à une descente plutôt froide, le soleil était enfin de retour. En plus il ne restait plus que quelques dizaines de beaux kilomètres au-dessus du Thunersee et une seule petite montée raide entre nous et notre destination. Je vous le promets, la dernière vue dans la descente vers Interlaken était tellement belle qu’elle m’a coupé du souffle. Quelle magnifique récompense pour cet effort.

Cette nuit-là, nous avons passé la nuit à l’auberge de jeunesse de Balmers, un endroit idéal pour les bikepackers, avec un beau jardin et suffisamment de bière pour célébrer les réalisations de la journée !

Jour 3 – Tour panoramique de l’Oberland bernois

M. Balmer (lui-même un cycliste passionné) est venu pour un adieu chaleureux et une photo de groupe avant que nous ne partions. Notre fidèle guide Andrea nous conduit vers la région bucolique où son mari a grandi, la région au-dessus de Thoune.

La journée a commencé doucement avec un bon échauffement le long du côté nord du lac avant de nous diriger vers les petites routes qui desservent les nombreux villages perchés au-dessus. Nous avons suivi une combinaison des routes Suissemobile 61 et 99 avec quelques détours avant une descente agréable vers Interlaken.

Après en avoir faire l’expérience, je vous recommande fortement d’ajouter cet itinéraire à votre liste des sorties à faire ! Des vues à couper le souffle le long du lac de Thoune et de belles routes de campagne pimentées de montées abruptes. De plus, vous trouverez de superbes boulangeries sur le chemin !

Jour 4 – un peu plus loin

Comme j’avais la chance d’avoir un lundi de congé, et que je me préparais à quelque chose de plus grand, je suis resté une nuit de plus à Interlaken et j’ai ajouté une longue journée, en retournant à Lausanne à vélo via le Diemtigtal (160 km, 3’000mD+). Juste quand vous pensez que ça ne peut pas être plus beau, la Suisse peut toujours vous surprendre ! La montée du Diemtigtal (1’200mD+) est un peu difficile pour les jambes après 3 jours de bikepacking, mais ça en vaut la peine !

Vers le col sans nom dans le parc naturel du Diemtigtal. Photo Lillie Rumpf

Conclusion

Il y a tellement de choses positives à dire sur les sorties en groupe !

Tout d’abord, et c’est le plus évident, vous pouvez rencontrer des personnes partageant les mêmes idées et passer un bon moment ensemble.

Mais vous pouvez aussi facilement sortir de votre zone de confort sans vous sentir trop mal à l’aise, simplement parce que vous n’êtes pas seul dans cette aventure.

  • Vous n’aimez pas rouler sous la pluie ? Eh bien, les autres aussi sont mouillés…
  • Vous vous sentez mal à l’aise sur le gravier ? Regardez autour de vous, tous les autres survivent, alors pourquoi pas vous ?
  • Vous avez peur de réparer une crevaison ? Faites un signe de la main et souriez, un homme de confiance viendra à votre secours 😉

J’ai vécu beaucoup de “premières” durant ce week-end avec des filles – première crevaison, plus longue sortie, plus de mD+, première sortie de bikepacking en groupe… et chacun d’entre nous confirmera que l’esprit d’équipe, la camaraderie et le soutien étaient tout simplement exceptionnels et ont encouragé beaucoup d’entre nous à aller bien au-delà de leur zone de confort (et à en profiter !).

Svenja Hölzl do what you can’t

Se décrivant comme “quelqu’un qui aime tout simplement être dehors et active”, le vélo n’a pourtant jamais été à son agenda jusqu’à ce qu’elle subisse une rupture du LCA en janvier 2020. Cherchant un autre moyen pour continuer à bouger pendant que des activités comme la course à pied ou la randonnée n’étaient pas possibles, elle a croisé le chemin de Lillie (Cycling Heidi), s’est retrouvée dans un groupe WhatsApp de femmes cyclistes et s’est inscrite à un week-end entre filles pour parcourir quelques fameux cols de +2.000m en Suisse sans même posséder un vélo de route ni avoir la moindre idée de ce qui l’attendait. Elle a été séduite par les possibilités incroyables qu’offre le cyclisme et a accumulé 8.500 km et plus de 126.000 D+ au cours de ses 12 premiers mois de vélo, prouvant ainsi que même à plus de 40 ans, on peut toujours se lancer à quelque chose de nouveau.

Passionnée par la découverte des beautés de la Suisse et d’ailleurs, ses tours comportent souvent beaucoup de dénivelé et des vues à couper le souffle. Vous pouvez suivre ses aventures sur instagram : @me_out.and.about

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