Photos: A Swiss With A Pulse. Une version de cet article a été publiée en anglais sur Switchback
Scoop: je n’ai pas fait que du vélo en 2025. L’année a surtout été faite de moments en famille, de travail pour des clients, d’e-mails, de longues heures passées devant des écrans, de lessives, d’impôts et de toute la logistique habituelle de la vie d’adulte. Quelque part entre tout ça, il y a quand même eu une bonne dose de sorties à vélo. Et sur certaines de ces sorties, j’ai pris des photos.
Combien? Environ 30’000. Ce n’est pas inhabituel pour un photographe professionnel – en fait, ce n’est même pas beaucoup. Ce qui explique probablement pourquoi je suis parfois frustré par la qualité de mon travail. Une bonne photo ne dépend pas du nombre de tutos qu’on regarde sur YouTube ou de presets à la mode, c’est une question de pratique. D’essais et d’erreurs. De répétition.
Bref. Cet article parle de dix de ces photos: mes préférées, celles qui me donnent une occasion de revenir en arrière, de faire une pause et de donner un sens à ce que j’ai fait sur mon vélo pendant toute une année.
Choisir seulement dix images dans mes archives s’est révélé un exercice légèrement masochiste. Mais les revoir est aussi devenu l’une des meilleures façons de revivre l’année : les personnes avec qui j’ai roulé, les endroits que j’ai visités, les conversations, la météo, les moments fun et les moments misérables. Ça m’a aussi forcé à réfléchir à ce qui revient souvent dans mon travail, parfois sans que je m’en rende même compte.
Des thèmes récurrents
Un fil conducteur se détache: de petits cyclistes dans de grands paysages. Ce n’est probablement pas accidentel: je roule pour me sentir petit dans la nature. Rouler, surtout en montagne, ça fait rétrécir tout le reste. Nous sommes minuscules comparés aux pics, aux vallées, à la météo et au temps géologique. Nos inquiétudes, nos ambitions et tous nos plans soigneusement élaborés ont tendance à s’effacer quand on est seul sur une route avec rien d’autre que le ciel et des sommets autour de soi.
Sans surprise, il y a aussi beaucoup de montagnes dans ces photos. Je vis dans les Alpes, et je suis sans cesse attiré par les crêtes qui s’empilent à perte de vue, les vallées qui se succèdent et les paysages qui racontent des histoires sur différentes échelles de temps. Le temps long : comment la roche s’est formée, s’est pliée et a été poussée vers le ciel. Le temps moyen : comment les gens ont appris à vivre dans ces montagnes, ont bâti des villages et taillé des routes pour relier les vallées. Et le temps court : comment nous les avons gravies, où nous allions, et tout ce que nous avons vécu ce jour-là.
Et puis il y a la couleur. J’aime la couleur. Le monde est de plus en plus sombre, monochrome et flou, surtout sur Instagram. Quant à moi, je suis attiré par l’herbe verte, les ciels bleus, les teintes d’automne éclatantes, et les gens qui ont l’air heureux d’être dehors.
Top 10
Voici donc mes dix images préférées de 2025. De la Suisse à la Slovénie en passant par les Dolomites, elles représentent un mix d’endroits, de personnes et d’histoires qui ont fait de l’année ce qu’elle a été.

Une image shootée pour une collection komoot mandatée par Vaud Promotion. C’est ce moment où l’hiver n’est pas tout à fait parti, le printemps n’est pas vraiment arrivé, et le paysage est brut et dépouillé. J’aime comment la route zigzague vers l’horizon, comment Luca roule seul, petit face à tout cet espace. Fun fact : cette photo existe parce que j’ai dû m’arrêter pour satisfaire un besoin naturel. Luca a continué à rouler. Ma pause terminée, j’ai levé les yeux et j’ai juste eu le temps de saisir mon appareil. Kudos à ma vessie.

Photo prise au col du Sanetsch avec mon ami journaliste Emil Bischofberger, pour Gruppetto Magazin. Le Sanetsch est l’une de ces ascensions qui prend de l’ampleur à chaque virage : de la vallée du Rhône à 500 m d’altitude jusqu’au col à 2242 m, les vignes font place au silence, le trafic disparaît, et soudain tout s’agrandit. Cette image en est le symbole : une mince bande d’asphalte, Emil qui grimpe, et tout cet espace autour de nous. Derrière lui, on distingue le Val d’Hérens avec la Dent Blanche (4357 m) en arrière-plan. La journée s’est écoulée entre vélo, photos et retrouvailles après des années sans nous voir.
Le Sanetsch est ma montée fétiche : je l’ai photographiée pour de nombreuses publications au fil des ans. Apparemment, les rédacteurs aiment ça autant que moi.

En juin, je suis parti en Slovénie avec le soutien de Roadbike Holidays et Slovenia Outdoor (voir cette série d’articles sur cycliste.ch). Nous avons séjourné dans trois régions différentes, et ce jour-là nous avons découvert la Solčava Panoramic Road – un highlight de notre voyage Cette route d’une vingtaine de kilomètres sur les crêtes est un joyau : du gravel bien entretenu, et des vues qui font tourner la tête dans tous les sens De la route, on domine trois vallées glaciaires — Logar, Matkov Kot et Robanov Kot. Sur cette photo,Natacha et Javier profitent de tout cela.

Les pros Simon Pellaud et Jan Stöckli sur le parcours UCI Gravel Suisse, photographiés pour l’office du tourisme de Villars. Le hameau plus bas sur la route est Taveyanne : construit au XVIIIᵉ siècle, ses bâtiments historiques fournissent un arrière-plan saisissant. J’adore comment la route gravel guide l’œil des coureurs jusqu’aux maisons, surplombées par les sommets qui se perdent dans les nuages. Et oui, ce sont mes routes d’entraînement – donc techniquement, je travaillais à la maison. J’ai de la chance.

Pas de client cette fois : juste un projet personnel pour célébrer l’automne sur nos routes locales. Nous empruntons rarement cette route juste en dessous de notre village de Gryon – elle est bien trop raide – mais un coucher de soleil comme celui-ci valait le sacrifice. Lillie m’a shooté en train de grimper, à bout de souffle, avec les Dents du Midi (3 257 m) en arrière-plan. J’adore comment la photo capture ce moment : les feuilles mortes, la première neige sur les sommets, et ces tons bleus, orange et jaune qui disent “automne dans les Alpes” à chaque pixel. La preuve qu’on n’a pas besoin de voyager loin pour trouver la beauté.
Pour lire l’intégralité du récit de ce projet, rendez-vous sur le blog de Switchback.

Lors d’un séjour près de Cortina d’Ampezzo pour Roadbike Holidays, j’ai enfin pu photographier correctement l’ascension vers les Tre Cime di Lavaredo. Cette ascension légendaire du Giro a couronné des coureurs comme Eddy Merckx et Vincenzo Nibali. C’est raide, c’est long, et chaque épingle vous teste – mais la vue en vaut la peine.
Voilà Natacha en train de monter vers le Rifugio en haut, avec deux des trois tours célèbres se dressant derrière. Les Dolomites ne cessent jamais d’étonner : des pics acérés qui s’élèvent au-dessus de prairies vertes et des faces rocheuses qui reflètent la lumière dans chaque nuance de rose et d’or. C’était ma troisième fois sur cette montée, et cela m’a rappelé pourquoi je continue de revenir dans les Dolomites.

Une dernière montée du Col de la Croix, la veille de la tempête de neige qui a entraîné la fermeture hivernale de la route. C’est notre rituel annuel : une route déserte, des montagnes coiffées de neige, avec nos doigts et nos mollets nus qui sentent l’air vif une dernière fois avant que des couches épaisses ne prennent le dessus pour des mois. Lillie est guide et coach à vélo. Cette photo d’elle exprime parfaitement son slogan, “Your guide for happy cycling!”
Pour en savoir plus sur Lillie et Cycling Heidi : https://cyclingheidi.ch

Photo prise sur la Via Tremola lors d’un voyage de gravel bikepacking que j’ai conçu pour Ticino Turismo et komoot. Cette montée d’Airolo vers le col du Gothard est légendaire. Pourquoi ? Les six derniers kilomètres sont pavés et rythmés par une vingtaine de lacets. J’aime cette image parce qu’elle capture tout : des courbes parfaites, les pavés soigneusement alignés, et ce sentiment familier d’être petit dans des paysages alpins si grands. Kaddy grimpe patiemment pendant que je m’arrête… encore. Inutile de dire que ce fut une ascension très lente, et les batteries de mon appareil photo se sont vidées plus vite que nos jambes.
J’ai écrit un article sur ce voyage pour cycliste.ch.

Photographié pour le Chalet RoyAlp à Villars, mon “spot secret”, à seulement 2 km de chez moi à Gryon : une petite route qui monte jusqu’à un restaurant sur les pistes de ski. Je pourrais shooter ce virage de cent façons, mais j’aime comment cette image capture le contraste entre les strates de la montagne et le mouvement d’Adam et Natacha qui descendent. D’habitude, je photographie cette route d’en haut, avec la vallée du Rhône qui donne de la profondeur, mais ici je voulais que les cyclistes soient au premier plan, avec l’énergie de la descente.
Et maintenant, cap sur 2026 : encore plus de lieux à découvrir, de montagnes à gravir, et de routes familières à redécouvrir avec un regard neuf. J’ai déjà plusieurs projets enthousiasmants dans le pipeline, et encore un peu de place sur mon calendrier. Si vous êtes une marque ou une destination à la recherche d’un storytelling réfléchi et ancré dans le réel, avec de vrais cyclistes dans de vrais lieux, parlons-en. Je promets des couleurs, des images lumineuses et des sourires éclatants.
Et si vous voulez simplement suivre mes pérégrinations et trouver l’inspiration pour vos prochaines sorties, vous pouvez me suivre sur Instagram pour découvrir mes photos et mes récits quelquefois un peu idiots. Peut-être que l’algorithme sera assez gentil pour vous montrer mon travail.
Cela dit, je joue aussi très sérieusement avec l’idée de lancer une newsletter, pour partager images et histoires selon mes propres termes. Est-ce que ça verra le jour ? J’imagine que la réponse se trouvera dans mon bilan de l’année 2026.
Alain Rumpf
Cycliste passionné depuis plus de 35 ans, Alain Rumpf est bien connu sur les réseaux sociaux grâce à son compte « A Swiss with a Pulse » qui compte plus de 13’000 followers.
Dans une précédente vie, il a été coureur cycliste Elite et a travaillé 20 ans pour l’Union Cycliste Internationale. En 2014, il décide de quitter le confort d’un bureau pour devenir guide, photographe, rédacteur et consultant. Il collabore avec Suisse Tourisme, Haute Route, Scott, Apidura, Alpes Vaudoises, komoot, Vélo Magazine, le Tour des Stations et bien d’autres. Il dirige le site Switchback, un guide du vélo de route et du gravel dans les Alpes et au-delà. Découvrez tous ses articles sur cycliste.ch.





