La Route des Grandes Alpes, une aventure qui se partage

Alors que la fin de saison approche, cycliste.ch partage les plus belles aventures vécues par la communauté cycliste romande au cours des derniers mois. Dans cet article, Nathalie nous parle de son défi sur la Route des Grandes Alpes.

760 kilomètres. 18 cols. 18’600 mètres de dénivelé positif. 79 heures et 49 minutes entre Thonon-les-Bains et Nice, dont 44 heures et 12 minutes passées sur le vélo. Avec seulement quatre à cinq heures de sommeil par nuit, nous avons atteint l’objectif que nous nous étions fixé : relier le Léman à la Méditerranée en moins de trois jours et demi.

Sur le papier, ce sont ces chiffres qui impressionnent (ils nous faisaient même peur avant qu’on s’élance !). Pourtant, quelques jours après notre arrivée à Nice, ce ne sont pas eux que je retiens en premier.

Je repense surtout à tout ce qui s’est passé avant le premier coup de pédale… l’aventure était déjà lancée !

Oser un grand défi, et ouvrir la voie

L’idée est née grâce à Loubna. Elle avait envie de re-découvrir la Route des Grandes Alpes et de vivre une expérience qui sorte de l’ordinaire. Très vite, nous nous sommes dit que nous pouvions en faire un vrai projet. Un projet ambitieux, inspirant, qui montrerait aussi que les femmes ont toute leur place dans ce type de défi.

Nous avions des profils très différents. J’avais déjà une solide expérience de l’ultra-distance et je savais à quel point ce genre d’aventure se joue bien avant le départ. Loubna, elle, possède une incroyable endurance et un profil de sportive très complet, mais elle n’avait encore jamais vécu une aventure de cette ampleur sur le vélo.

Cette différence est devenue notre plus grande force.

Pendant plusieurs mois, je me suis plongée dans la préparation. Il a fallu construire le parcours, découper les journées, définir les horaires de départ, estimer les temps de passage, réfléchir à la nutrition, au matériel, à la récupération, à la stratégie face à la chaleur, au froid, aux orages, coordonner notre équipe d’assistance et prévoir des solutions si les choses ne se passaient pas comme prévu.

Avec l’expérience, j’ai appris qu’en ultra, chaque détail compte. On ne peut évidemment pas tout anticiper, mais plus on réduit les inconnues, plus on garde de l’énergie pour gérer celles qui finiront forcément par arriver. Et elles arrivent toujours 😉

Le froid mordant au sommet de l’Iseran quelques heures après être parties de nuit. Les réveils à 4 h 30 qui s’enchaînent. Les journées de plus de douze heures sur le vélo. La chaleur qui devient presque écrasante en approchant de la Méditerranée. Les petits moments de doute, il y en a eu… Les douleurs qui apparaissent et qui repartent (heureusement !). La fatigue qui s’accumule… 

Étonnamment, les cols n’ont jamais été notre plus grande difficulté. Ils étaient là, majestueux, exigeants, parfois interminables (et ce ne sont pas les plus longs sur le papier qui ont été les pires…). Mais nous les gravissions un coup de pédale après l’autre. Ce qui demandait le plus d’énergie, c’était de rester concentrées pendant quatre jours, de continuer à s’alimenter correctement, de ne pas se laisser griser lorsque les jambes répondaient bien et, surtout, de toujours penser au lendemain.

L’ultra apprend l’humilité. Il rappelle qu’on ne gagne jamais contre la montagne. On avance simplement avec elle, lentement, souvent 😉

Quatre jours à avancer ensemble

Cette aventure nous a aussi beaucoup appris sur le fonctionnement d’un duo.

On imagine parfois qu’un binôme performant est composé de deux personnes identiques. Je crois exactement l’inverse.

Nos forces étaient différentes, nos expériences aussi. Il nous est arrivé que l’une traverse un moment plus difficile pendant que l’autre allait très bien. Dans ces instants-là, il n’y avait rien à prouver. Il fallait simplement être à l’écoute, adapter le rythme, faire preuve de patience et garder confiance, ça aussi, ça se prépare 🙂

Nous n’avons jamais roulé l’une contre l’autre. Nous avons roulé ensemble. Et je suis convaincue que c’est l’une des raisons qui nous a permis d’atteindre Nice dans le délai que nous nous étions fixé.

Se lancer avant de se sentir prête

Au fil des kilomètres, une autre réflexion s’est imposée. Pourquoi voit-on encore si peu de femmes se lancer dans ce type d’aventure ? Est-ce un manque d’envie ? Je ne le crois pas.

Souvent, c’est plutôt un manque de confiance. On attend de se sentir prête. On pense qu’il faut déjà avoir beaucoup d’expérience, être très forte ou avoir déjà réalisé de grands défis avant d’oser imaginer un projet ambitieux.

Je crois exactement l’inverse, car si on attend d’être à 200% prêt, on osera jamais se lancer. On devient capable en faisant. On apprend en avançant. Et surtout, on n’est pas obligée de tout faire seule.

C’est probablement le plus beau message que je retiens de cette traversée. S’entourer des bonnes personnes change tout. Loubna et moi sur le vélo. Valérie et Constanze à l’assistance 5 étoiles. Fabien sur son VTT dans son propre challenge, mais qu’on a retrouvé à plusieurs reprises, ou encore Charlotte et Stephanie qui ont partagé un bout de route avec nous. Sans oublier l’équipe de la Route des Grandes Alpes, Marion, Jean-Loup et Lionel qui ont cru en notre projet dès le départ. Chacun a joué un rôle essentiel. Chacun a contribué, à sa manière, à cette réussite.

Le vélo a ce pouvoir incroyable de créer des aventures qui dépassent largement la performance sportive.

Bien sûr, je suis fière qu’on ait réussi à relier le Léman à la Méditerranée en moins de trois jours et demi en gravissant 18 cols mythiques. Et pourtant, je garde surtout le souvenir des levers de soleil. Ceux sur Joux Plane, l’Iseran, Vars ou le Turini. À cette heure-là, les routes sont désertes, la montagne est silencieuse et on a presque l’impression qu’elle nous appartient. On a des souvenirs plein la tête, une longue pellicule qu’on prend du temps à dérouler complètement tellement elle est dense !

Mais je suis encore plus heureuse si notre aventure donne envie à d’autres femmes de rêver un peu plus grand. Pas forcément de traverser les Alpes. Peut-être simplement d’oser s’inscrire à leur première cyclosportive. De partir quelques jours à vélo entre amies. De préparer un voyage qu’elles repoussent depuis longtemps. Ou de se fixer un objectif qui leur semble aujourd’hui un peu intimidant.

Les plus beaux projets ne naissent pas parce que l’on est certaine d’y arriver, ils naissent souvent parce qu’un jour, on décide d’essayer! Si notre traversée de la Route des Grandes Alpes peut être ce petit déclic pour quelques femmes, alors ces 760 kilomètres auront eu une portée bien plus grande que celle que l’on pourra voir sur nos comptes Strava 😉

Les 18 cols de notre traversée

  • Col du Feu (1’123 m)
  • Col de Joux Plane (1’691 m)
  • Col de la Colombière (1’613 m)
  • Col des Aravis (1’486 m)
  • Col des Saisies (1’650 m)
  • Cormet de Roselend (1’968 m)
  • Col de l’Iseran (2’764 m)
  • Col du Télégraphe (1’566 m)
  • Col du Galibier (2’642 m)
  • Col de l’Izoard (2’360 m)
  • Col de Vars (2’108 m)
  • Col de la Cayolle (2’326 m)
  • Col des Champs (2’087 m)
  • Col de la Couillole (1’678 m)
  • Col Saint-Martin / La Colmiane (1’500 m)
  • Col de Turini (1’607 m)
  • Col de Castillon (706 m)
  • Col d’Èze (507 m)

Nathalie Monnier

Nathalie Monnier est une Valaisanne hyperactive et passionnée, toujours en quête de nouveaux défis à vélo. Que ce soit sur route, en gravel ou en bikepacking, elle aime explorer chaque col, chaque sentier, et surtout éviter les routes trop fréquentées. Avec Fabien, son mari et meilleur partenaire de ride, ils forment les Mim’s, un duo inséparable sur deux roues, toujours prêt pour une nouvelle aventure ou un nouveau challenge !

Co-fondatrice de la communauté féminine PSWCC, Nathalie s’investit pour rendre le cyclisme plus inclusif et inspirer d’autres femmes à rouler au travers de rides et de divers évènements. Directrice de course sur la Gaaalps et la Race Across Switzerland, elle met sa passion et son expertise au service d’événements d’ultra-distance qui collent à ses valeurs d’exploration, de dépassement de soi et d’authenticité.

Il y a de fortes chances que vous la croisiez sur une des nombreuses petites routes valaisannes ! Suivez ses magnifiques aventures sur Instagram.