A la découverte du ski de randonnée (1/3)

1. Qu’est-ce que le ski de randonnée et quel matériel utiliser ?

Le ski de randonnée a le vent en poupe depuis plusieurs années. De plus en plus de pratiquants de tous niveaux s’adonnent à cette activité autrefois l’apanage de montagnards aguerris. Selon le fabricant Dynafit, “les experts estiment à cinq millions le nombre de skieurs de randonnée dans le monde, dont environ deux millions rien qu’en Europe.” Pourquoi? Les raisons sont multiples. D’une part, la pratique est devenue plus accessible grâce aux marques qui ont fait évoluer le matériel. D’autre part, le ski de randonnée répond à un besoin grandissant d’évasion au grand air et hors des sentiers battus. Une tendance que l’on voit également dans le monde du vélo avec l’avènement du gravel et du bikepacking!

Pour les cyclistes, c’est une fantastique activité hivernale. Citadin émigré à la montagne, je l’ai découverte il y a une dizaine d’années et grâce à elle, l’hiver n’est plus une saison morte pour moi. Dans cette série de trois articles, j’expliquerai:

  1. ce qu’est le ski de randonnée et quel matériel utiliser
  2. les bénéfices qu’il procure aux cyclistes
  3. où pratiquer le ski de randonnée, surtout lorsque l’on débute

Qu’est-ce que le ski de randonnée ?

Quand on fait de la rando, on skie à la descente… et à la montée. Grâce à un matériel spécial détaillé plus bas, on escalade les montagnes à la force de ses mollets et de ses bras, au lieu de prendre les remontées mécaniques. On redescend soit sur la piste, soit hors piste en prenant toutes les précautions exigées par un environnement non sécurisé (j’y reviendrai dans le troisième article). C’est une activité physique plus ou moins intense mais une chose est certaine: on passe plus de temps à monter qu’à descendre!

Autre élément essentiel: on évolue en petit groupe ou même seul lorsque les conditions le permettent, mais en tout cas loin des foules. Et que les montagnards nostalgiques ne viennent pas me contredire: même si on se retrouve à 25 sur un sommet comme cela m’est récemment arrivé, cela n’a rien à voir avec une file au bas d’un téléski ou une salle de fitness. On partage tous le goût de l’effort et des grands espaces et l’atmosphère est conviviale. N’ayons crainte, il y a de la place et de la poudreuse pour tout le monde!

Le matériel

Les cyclistes aiment le beau matos et avec le ski de rando, ils sont servis! Le choix est large, que l’on recherche la performance ou le confort, à la montée ou à la descente. Carbone, barres énergétiques et lycra sont l’apanage des compétiteurs tandis que chez les contemplateurs c’est plutôt baggy et saucisson. Ça ne vous rappelle rien?

Les skis

A vélo, on doit choisir entre légéreté et confort (quoi? Les marques qui nous promettent les deux sans aucun compromis nous mentiraient-elles? Ben ouais). En rando, on doit choisir entre:

  • soit du matériel léger, étroit et rapide à la montée mais difficile (lire: quelquefois impossible) à skier à la descente
  • soit des skis plus larges et donc un peu plus lourds mais qui procurent plus de plaisir en descente.

Mais en tous les cas les skis de rando sont plus légers que des skis alpins (ouf).

Les fixations

Elles doivent permettre deux positions: à la montée, le talon est mobile pour pouvoir reproduire le mouvement de la marche. A la descente, elles sont verrouillées. Il existe plusieurs systèmes et les modèles les plus légers coûtent plus de 15’000 francs au kilo. Heureusement, ils ne pèsent que 50 grammes.

Les chaussures

Comme les fixations, elles permettent deux positions:

  • à la montée, elles assurent une liberté de mouvement pour reproduire un mouvement de marche plus efficace que la démarche ridicule et robotique du skieur alpin lorsqu’il n’est pas relié à ses lattes
  • à la descente, elles sont verrouillées et assurent un bon maintien (sauf pour le matériel ultra-léger, comme vous pouvez vous en douter)

Les peaux

Certains les appellent encore des peaux de phoque mais heureusement, Brigitte Bardot est passée par là. Collées sous la semelle des skis pour empêcher ceux-ci de glisser vers l’arrière à la montée, elles sont synthétiques mis à part le mohair, fourrure de chèvre angora qui assure le contact avec la neige. Mais aucune chèvre n’est maltraitée dans le processus.

ski de rando peau

Les bâtons

Vous croyez qu’on peut utiliser de bêtes bâtons de ski alpin? Détrompez-vous. Les bâtons de ski de randonnée sont plus légers et plus longs. Ils sont souvent télescopiques pour permettre de traverser une pente à la montée tel le dahu, cet animal montagnard mythique doté de pattes plus courtes d’un côté que de l’autre. Et croyez-moi, c’est vachement pratique.

Les vêtements et les accessoires

La problématique est très semblable à celle du vélo: on monte, on descend, on a chaud et on a froid. Sauf que l’amplitude thermique peut être encore plus grande, surtout au printemps. Il faut donc privilégier des tissus techniques et superposer les couches qu’on met et qu’on enlève au gré des conditions. Les compétiteurs, affectueusement surnommés les “collants pipettes”, eux, ne quittent par leur combinaison en lycra et ont froid. Comme les routiers obsédés par le poids et l’aérodynamisme, en somme. Plaisanterie mise à part, il est très important d’emporter du change et de prévoir des habits chauds pour la descente: veste, bonnet, gants, lunettes ou masque. C’est autant une question de confort que de sécurité.

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Equipement de sécurité 

Dès qu’on sort des rando parcs qui disposent de traces sécurisées, il est absolument indispensable de se munir d’un DVA (détecteur de victime d’avalanche), d’une pelle et d’une sonde. Plus important: il faut aussi apprendre à s’en servir sous l’égide d’un professionnel et rafraîchir régulièrement ses connaissances. Et prendre toutes les précautions pour ne jamais avoir besoin de les utiliser. Je reviendrai sur ces notions dans le troisième article de cette série. Un casque est indispensable pour plus de sécurité à la descente et des couteaux à glace amovibles donnent une accroche supplémentaire sur des pentes gelées.

Comme vous pouvez le voir, le matériel de ski de randonnée est au moins aussi complexe que celui du vélo. Il y a de quoi se passionner… D’ailleurs j’ai actuellement plus de paires de skis que de vélos dans mon garage! Si vous voulez en apprendre davantage grâce à des experts autrement plus compétents que moi, je vous invite à lire cet excellent article sur le site de la marque Dynafit. 

Dans le prochain article, j’expliquerai pourquoi le ski de randonnée est une activité passionnante pour les cyclistes… et pas seulement pour parler matos!

Alain Rumpf A Swiss with a Pulse

Alain Rumpf

Cycliste passionné depuis plus de 35 ans, Alain Rumpf est bien connu sur les réseaux sociaux grâce à son compte « A Swiss with a Pulse » qui compte plus de 13’000 followers.

Dans une précédente vie, il a été coureur cycliste Elite et a travaillé 20 ans pour l’Union Cycliste Internationale. En 2014, il décide de quitter le confort d’un bureau pour devenir guide, photographe, rédacteur et consultant. Il collabore avec Suisse Tourisme, Haute Route, Scott, Apidura, Alpes Vaudoises, Strava, Vélo Magazine, Chasing Cancellara et bien d’autres. Il dirige le site Switchback, un guide du vélo de route et du gravel dans les Alpes et au-delà. Découvrez ses projets sur son site www.aswisswithapulse.com et tous ses articles sur cycliste.ch.

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