La face cachée du Marchairuz

Un col pris d’assaut les week-ends d’été par les voitures et les motocyclistes n’est pas toujours agréable quand on grimpe à vélo. Comme pour mon article concernant le Mollendruz, je vous livre ici une alternative à la route principale du côté du lac Léman.

Haut de 1’447m, le Marchairuz est le deuxième col le plus élevé du jura suisse, seulement précédé par le Chasseral. C’est un point de passage important pour relier la Vallée de Joux et la Côte. Avec ses murets de pierres sèches jalonnant ses flancs, il possède un charme typique de la région.

Ce passage a une histoire relativement récente. En effet, le Mollendruz et la Givrine ont été parcourus plus tôt de par leur altitude moindre qui garantit un passage plus aisé. Seul quelques messagers osaient traverser la montagne à pied pour apporter le courrier à la Vallée. Le col du Marchairuz a gardé un reste de ces épopées au lieu-dit du Sapin Siméon, peu avant le sommet. Vous y trouverez une sculpture représentant Siméon Meylan, un messager qui avait coutume de se reposer à cet endroit lors de sa traversée.

C’est suite à l’essor du commerce du bois et d’une volonté des villages de la plaine d’accéder plus facilement à leurs domaine (Amburnex, Perrausaz, Praz-Rodet, etc…) que la création d’une route fut décidée.

À noter la différence d'altitude entre la carte nationale (1447m) et le panneau du sommet (1449m) Photo prise en décembre 2021 à l’occasion d’une sortie à ski de rando

Après quelques difficultés à trouver les fonds nécessaire à la réalisation du col, les communes du Chenit, de Rolle et d’Aubonne demandèrent auprès de Leurs Excellences de Berne l’autorisation de créer la route (le canton de Vaud était sous joug Bernois à cette époque). Les Bernois acceptèrent et financèrent même une partie de la construction de la route mais exigèrent que celle-ci descendent jusqu’à la route de l’Etraz (l’actuelle route des vignes entre Rolle et Aubonne). Après quelques années de construction le col du Marchairuz est officiellement ouvert en 1770.

L’ancien tracé diffère quelque peu de la route  moderne, il est notamment plus direct entre Gimel et la St-George (voir la carte). La route actuelle apparaît sur les cartes nationales en 1955. Avec ses virages doux, la conduite automobile est plus aisée. Le nouveau tracé supplanta les secteurs plus raides de l’ancienne route dont le virage des Lâpes qui aurait été miné pendant la guerre pour ralentir l’avance allemande en cas d’invasion.

De nos jours à vélo, la majorité des cyclistes optent pour la route principale du col. Vous trouverez, ci-dessous, une alternative afin de rouler au calme tout en empruntant en partie l’ancien itinéraire du col. La montée démarre à Gimel et vous mènera à la St-George avant de descendre en direction du village du même nom et de remonter en direction du sommet et en rejoignant la route principale au-lieu du Sapin à Siméon. (cf carte et tracé Strava).

Mis-à-part un talus entre Gimel et Bauloz, le début de l’ascension vous permet de vous mettre en jambe avec un pente douce qui vous mènera à la St-George. Sur cette dernière partie, vous serez sur l’ancienne route du Marchairuz.

À la St-George, je vous propose de bifurquez en direction du village du même nom afin d’éviter une partie de la vieille route non goudronnée et difficile à passer avec le vélo de course (pas de problème à VTT). Vous descendrez quelques hectomètres la route principale avant d’aborder le gros morceau du col.

À l’entrée du village, prenez à droite et entamez une ascension assez raide (10-11%). Vous passerez sur les pistes de ski, de quoi se croire dans les Alpes ! C’est la partie la plus difficile. Vous arriverez ensuite à une curiosité locale, le rocher de l’eau pendante. Cette source d’eau ne tarit jamais et son origine reste mystérieuse. Vous y verrez aussi une des sculptures jalonnant la montée de M. Paul Monney représentant un ours (un des derniers ours du Jura a été abattu dans la région).

L'ours de Paul Monney près de l'Eau Pendante

Pour les vététistes, vous trouverez la glaciaire de St-George en vous éloignant de quelques mètres de la route goudronnée en suivant les indications. On peut notamment apercevoir encore un peu de glace même s’il y en a clairement moins qu’il y a une dizaine d’années… L’histoire raconte que la glace était transportée de nuit pour alimenter les brasseries lausannoises.

Vous rejoindrez le virage des Lâpes qui marque votre retour sur l’itinéraire de l’ancienne route. Vous ne la quitterez plus jusqu’au col puisque la route principale reprend le même itinéraire.

Après le Sapin à Siméon, qui marque votre retour sur la route principale, vous arriverez finalement au sommet du col, à l’asile du Marchairuz. Il fut construit en 1845. C’est face à la difficulté de traverser, notamment en hiver avec des quantités de neige autrement plus impressionnante que maintenant et de quelques accidents que l’initiative est prise de construire un refuge au sommet du col.

Dimitri Bussard

Dimitri a (un tout petit peu) mis la pédale douce afin de se consacrer à de nouveaux projets après avoir été actif sur les compétitions cyclistes. Ce qui l’a amené à voyager dans plusieurs pays et à défendre le maillot de l’équipe de suisse à plusieurs reprises. Il met dorénavant son expérience au service des clients de Velo Perfection à Aubonne où il s’occupe prioritairement des analyses posturales. Il aime le vélo pour la diversité des paysages rencontrés et aime avant tout opter pour les routes de traverse, encore relativement peu fréquentées… Retrouvez tous ses articles ici.

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