Vivre pour bouger, bouger pour vivre

A 4 heures du matin le 19 août 2019, ma vie a été bouleversée. J’ai été arrachée du sommeil par une douleur du nerf sciatique tellement horrible que j’ai voulu me jeter de la fenêtre pour y mettre fin. Toute ma jambe gauche a eu un spasme musculaire pendant des minutes, jusqu’à ce qu’elle s’arrête enfin de bouger. La douleur, provenant du bas du dos, s’est un peu calmée, mais j’ai eu l’impression d’avoir perdu le contrôle de ma jambe. Mais que s’est-il passé ?

Personne n’a pu me le dire. Peu à peu, mes muscles ont néanmoins retrouvé une certaine réactivité, grâce notamment au vélo. Quelques semaines plus tard, je ne pouvais toujours pas marcher sans boiter ou m’asseoir sur une chaise sans sentir une grande douleur sciatique.  Mais je pouvais faire du vélo. Alors, bien sûr, j’ai fait du vélo. J’ai même roulé de Turin à Nice avec mon mari Alain pour l’édition 2019 du Torino-Nice Rally, notre grand objectif pour lequel je m’étais entraînée pendant des mois. Je n’étais pas rapide et j’avais mal, mais je l’ai quand même fait. Et plus je roulais, mieux je me sentais. Au septième jour, j’ai pensé que j’étais sur la voie de la guérison totale, toujours sans comprendre ce qui avait mal tourné.

Torino-Nice: le cinquième jour à l'Altopiano della Gardetta (aussi connu comme "Little Peru") et je me sens bien !

Puis tout s’est écroulé. Je suis retournée au travail et quelques jours plus tard, la douleur est revenue en force. Convaincue que j’avais fait trop de sport, mes médecins m’ont dit d’arrêter. Une fois que j’ai arrêté, la douleur a empiré. Je ne pouvais plus tenir debout. Je ne pouvais pas marcher plus de quelques minutes. Pendant 5 mois, j’ai passé une grande partie de mes journées clouée sur mon canapé à regarder les montagnes par la fenêtre, en me demandant si je pourrais un jour les escalader à nouveau.

En février 2020, mon mal a enfin été diagnostiqué. C’était parfaitement sensé mais difficile à accepter: je suis atteinte d’une maladie neuromusculaire auto-immune. Mon corps réagit au stress en contractant mes muscles; raccourcis, ceux-ci tirent sur toutes les articulations, ce qui provoque des douleurs paralysantes. En d’autres mots, j’ai eu un « burn-out ». Ma maladie était psychosomatique.

Cela fait presque un an que le diagnostic a été posé. Cela fait presque un an que la thérapie est quotidienne, tant physique que psychologique. Je ne savais pas à quel point la santé physique et mentale étaient liées. Maintenant, pour chaque difficulté émotionnelle, c’est mon corps qui réagit. C’est nul, mais cela me rappelle de me concentrer sur le bon et non le mauvais côté de ma vie.

Alors qu’est-ce que je dois faire ? Être dans le présent. Calmer l’esprit par le mouvement, par l’expérience, par la reconnexion avec la nature. A la fin de cet article, vous pourrez visionner 2 courtes vidéos (en anglais) que j’ai trouvées sur internet qui résument parfaitement ce que j’ai appris à la dure.

80% des adultes souffriront de maux de dos au cours de leur vie, et c’est la première cause d’invalidité dans notre société. Cependant, la prévalence la plus élevée de la douleur dorsale se situe entre 35 et 55 ans. Si la douleur dorsale n’était associée qu’à une détérioration physique de la colonne vertébrale, pourquoi la prévalence serait-elle la plus élevée à un âge relativement bas ? De nombreux spécialistes affirment qu’il s’agit d’une maladie induite par le stress. Nous vivons dans une société qui n’est pas nécessairement compatible avec notre bien-être.

Je me suis privée des moments où mon corps et mon esprit avaient besoin de se détendre. Je me suis privée de temps libre pour faire ce que mon cerveau conscient jugeait “nécessaire” de faire, pour mon travail, pour ma famille, pour la société. J’ai oublié d’être une simple créature vivante : un animal qui a été créé dans la nature.

Grâce à un e-bike, je pouvais encore emmener mon fils dans des mini-aventures pour me motiver à continuer de bouger.

Nous sommes conçus pour bouger : un organisme composé de centaines de muscles, de tendons, d’articulations et d’os qui fonctionnent en belle harmonie. Nous ne sommes pas faits pour rester assis à un bureau pendant des heures, perdus dans nos pensées. Plus les pensées négatives s’emparaient de mon cerveau, plus je me déconnectais de mon corps. Et quand je ne me suis plus offert de petites escapades pour ralentir, pour calmer mon cerveau qui tournait, mon corps s’est effondré.

Maintenant que j’ai accepté que mon esprit est responsable de ma douleur, j’ai confiance dans mon corps en tant que machine conçue pour bouger. Je ne crains plus le mouvement, même si ceux-ci peuvent encore être douloureux: je comprends que cette douleur est causée par mon état émotionnel et n’a rien à voir avec mon état physique. Maintenant que je me concentre sur le corps plutôt que sur l’esprit, la douleur disparaît peu à peu. Je suis loin d’être débarrassée de la douleur, mais je me suis reconnectée avec mon corps et le contrôle de mes muscles.

Sur la Tremola avec mon e-bike pour fêter mes 41 ans

Mais maintenant, j’ai une nouvelle bataille… celle de rester en mouvement. Chaque jour, plus je bouge, mieux je me sens. Chaque jour où je ne bouge pas, je sens la douleur revenir. Ma plus grande peur est de retourner à mon état d’handicapée. J’ai donc besoin d’un objectif pour continuer à bouger, pour sortir du cycle de la douleur et redevenir un être humain qui fonctionne.

J’ai donc bien sûr commencé à me pencher sur les défis du cyclisme. L’Etape du Tour ? Non, deux fois, c’est suffisant. Pour être honnête, aucune des grandes cyclosportives ne m’attire, parce qu’elles sont trop familières. Je vis dans les montagnes. Je dois grimper 800m juste pour rentrer chez moi. En toute honnêteté, je veux juste une excuse pour faire du vélo toute la journée, pendant des jours entiers, à la recherche de l’aventure, de la beauté et du calme. Les meilleurs moments que j’ai eus ces dernières années ont été de faire du vélo avec mon fils qui a maintenant 5 ans. Des moments simples mais pleins de sens le long du réseau cyclable suisse. Le seul but était de faire du vélo, de voir de beaux endroits, de manger et de trouver un camping pour la nuit. Rien d’autre n’avait d’importance. C’était magnifique.

Donc, que vais-je tenter de faire ? A découvrir au prochain épisode de cette série que l’on pourrait intituler « Mais quelle mouche a piqué Cycling Heidi? »

PS: voici les vidéos dont je parle plus haut

Lillie Rumpf – Cycling Heidi

Lorsque Lillie est arrivée de la Californie du Sud en Suisse romande en 2008, elle a vécu un choc culturel. L’époque des sorties “fun” était révolue. Les Suisses prenaient leur sport au sérieux. Bien trop au sérieux. Sentant que cette attitude n’était pas de nature à encourager les débutants dans le monde du vélo, elle a décidé d’apporter un peu de fun californien. Elle a guidé pendant de nombreuses saisons la sortie “sociale” de The Bike à Lausanne (avant la naissance de son fils) et elle continue à organiser des sorties occasionnelles le week-end pour les femmes et les débutants dans la région lausannoise et les Alpes vaudoises où elle habite. Ses balades comprennent toujours des activités d’aventure, de formation et, bien sûr, des « burgers and beer ». Elle s’occupe également du contenu sur cycliste.ch. Contactez-la à lillie@cycliste.ch si vous souhaitez participer à ses aventures à vélo!

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